Dominique18 a écrit : 26 janv. 2026, 12:44Ce qui m'épate toujours, c'est ce besoin de croire, souvent sur parole, et de ne jamais s'accorder le temps et l'effort d'aller vérifier les informations.
Pour ma part, j'ai mis très très longtemps à comprendre (partiellement, je ne pense pas avoir une compréhension complète de ce phénomène) que cela correspondait
En partie à une 1ère nécessité :
en permanence, nous devons prendre des décisions pour agir. Evidemment, seule une toute petite partie de ces décisions d'action peut être prise de façon consciente. Nos actions sont requises pour répondre à nos besoins primaires, mais il y a aussi celles où la conscience est susceptible de jouer un rôle important, des décisions d'action nous permettant de construire et nourrir nes relations familiales, amicales, professionnelles et sociales, des décisions d'action qui construisent notre rôle familial, social et professionnel, bref, notre vie.
Nos actions et la décision de les prendre sont nombreuses. Le temps de recueil d'information, de son analyse critique et de la prise de décision est donc fatalement limité. Heureusement, notre inconscient et nos réactions émotionnelles viennent à notre secours en nous offrant de nombreux raccourcis permettant de décider vite, sans avoir en réfléchir, en nous basant sur des réactions réflexes d'une part (reposant sur nos émotions) et, quand il faut quand même un peu réfléchir avant d'agir, sur des certitudes (incorrectement qualifiées d'à priori au prétexte qu'elles ne sont pas nécessairement le résultat d'un recueil conscient et soigné d'informations et de son analyse critique. En fait, ce sont des a postériori) que notre éducation, notre culture et notre expérience vécue nous ont forgé tout au long de notre vie.
En partie à une 2ème nécessité :
Nos valeurs et nos convictions (appelées plutôt croyances quand on n'en est pas complètement sûr ou que l'on en estime les indices ou preuves insuffisants, voir spéculatifs ou inexistants) forment l'ossature sur laquelle nous fondons tous nos raisonnements et donc nos décisions (parfois même nos choix de vie) quand ces décisions demandent un peu plus que des réactions réflexe ; bref, quand une décision est suffisamment importante pour qu'elle nécessite d'être prise en toute conscience (1) cad en étant, en quelque sorte, en mesure de nous concevoir comme objet d'étude (2).
La conséquence, c'est que ces certitudes doivent être protégées. Elles ne doivent pas changer rapidement au gré des vents, au moindre souffle d'information tendant à les mettre en question. Cette robustesse de nos convictions fortes est le gage de notre équilibre psychologique et d'une continuité/cohérence dans nos prises de décision...
...et de ce fait, nous disposons d'une sorte de mécanisme nous permettant, à la manière d'un système imunitaire, de protéger nos valeurs, croyances et convictions fortes contre des informations (justes ou fausses d'ailleurs) ou des données factuelles (ou pipotées) susceptibles de mettre en danger celles de nos convictions qui sont et doivent rester suffisamment solides (pour pouvoir décider et agir de façon cohérente, donc avec une certaine continuité).
Quand on n'a pas compris ça, on est choqué et parfois en colère quand on en estime les conséquences néfastes (et parfois même en colère quand même, même quand on l'a compris d'ailleurs) de voir des personnes possiblement intelligentes et cultivées (3) s'acharner à rester convaincues d'affirmations incompatibles avec des faits incontestables (ou que l'on estime, à tout le moins, très vraisemblables) mais niées par ces personnes contre toute évidence et contre la répétition des faits ainsi niés...
...voir même accepter des affirmations logiquement incompatibles (des affirmations incompatibles parvenant ainsi à prendre place dans un même cerveau de personnes possiblement parfaitement saines d'esprit).
(1) Notamment en s'efforçant de vérifier que l'on ne choisit pas une façon d'agir ou de s'exprimer répondant à un objectif inconscient (comme celui de dévaloriser un interlocuteur ou de chercher à avoir raison à tout prix pour se donner de l'importance) nuisant à un objectif conscient comme celui, par exemple, d'apporter une information que l'on croit utile ou seulement intéressante, ou de mieux comprendre soi-même un sujet en faisant l'effort d'expliquer ce que l'on pense en avoir compris ou encore de recueillir, par l'échange, des informations sur un sujet par lequel on est intéressé.
Cette prise de recul, notamment quand un type d'action consomme du temps ou de l'énergie ou de la concentration... est intéressant car elle permet de choisir de façon plus utile ce que nous faisons et décidons de faire ou de dire en fonction des objectifs conscients que nous souhaitons atteindre...
...ou encore d'aligner nos objectifs, puis les décisions requises pour les atteindre, avec ce que nous souhaitons réellement une fois que nous en avons pris conscience.
(2) Un très intéressant test avait fait l'objet d'une émission de télévision. Le plus souvent (selon cette émission) ce test serait raté par des enfants de moins de 4 ans et réussi par des enfants de plus de 4 ans. La réussite de ce test semble ainsi, d'une certaine façon, mesurer "un niveau de conscience" du sujet testé.
Ce test permet en effet de vérifier si un individu testé est capable de distinguer ce qu'un autre individu est en mesure de savoir ou pas (compte tenu des informations auxquelles cet autre individu à eu la possibilité d'accéder) par rapport à ce qu'il sait lui-même. Bref, s'il réussit le test, l'individu testé est (d'une certaine façon) en mesure de considérer sa connaissance et celle de l'autre invividu comme des objets d'étude et de se représenter ce que lui même saurait s'il avait vécu les mêmes situations que l'autre individu.
Ce test était le suivant. Un enfant de moins de 4 ans était placé devant un ensemble de 2 poupées, avec un gentille poupée P1 jouant avec une bille et sa copine, une poupée P2 un peu espiègle, décidée à faire une blague à la poupée P1. Dans le test, la poupée P1 est censée s'absenter pour une raison quelconque, perdant ainsi de vue la bille et ce que fait cette copine P2 en son absence. La poupée P2 en profite (Rhaaa !! Quand même, hein !) pour cacher la bille sous le panier du chat (par exemple). Puis la poupée P1 revient. Elle veut retrouver sa bille pour jouer avec.
"Où la poupée P1 va-t-elle chercher la bille ?" demande l'expérimentateur à l'enfant de moins de 4 ans.
En principe, le plus souvent, l'enfant de moins de 4 ans répondrait : "sous le panier du chat". Il ne serait pas encore en mesure de distinguer sa connaissance, l'information dont il dispose, de l'information détenue pas une autre personne (n'ayant pas eu la possibilité d'acquérir ces mêmes informations). Bref l'enfant ne serait pas encore en mesure de traiter sa connaissance et celle d'une autre personne comme des objets d'étude.
(3) De toutes appartenances. Ce déni, ce refus de l'évidence, cette préférence pour ce que l'on a envie de croire, protégé par des biais de sélection appropriés (particulièrement efficaces chez toute personne radicalisée relativement à tel ou tel sujet), n'est pas l'apanage de telle ou telle catégorie de personnes dont on aimerait bien croire que oui : ce problème là, c'est très clairement le propre de cette catégorie là, que l'on aime pas...
...victime en cela d'un biais tribal, nous incitant à croire que c'est cette catégorie de non appartenance, que l'on adore détester et accuser de tous les maux (y compris, parfois, des conséquences de choix dont nous sommes responsables) qui est l'archétype des personnes se complaisant dans la méthode Coué.
Dominique18 a écrit : 27 janv. 2026, 13:11Quand se posent des problèmes où les extrémismes toxiques sont en arrière-plan (à peine déguisés), avec des incidences fortes au niveau des valeurs républicaines et laïques (les notions de bien commun et de vivre ensemble, et non les uns contre les autres) quelles procédures avec la recherche d'une efficacité (il ne s'agit plus d'avoir raison ou pas) suivre ?
A mon sens, il faut accorder plus de place à l'émotionnel. C'est parfois lui qui se cache derrière certains biais de sélection. Certains raisonnement, d'apparence rationnelle, servent en fait, parfois, d'argumentaire pour justifier des croyances ou des objectifs dont la personne peut ne même pas être consciente.
Comment guérir d'une des principales causes de nos problème de société, le biais tribal et comment favoriser/promouvoir le choix de basculer du bon côté entre différents types de recherche de satisfaction émotionnelle ? Je pense tout particulièrement à 2 types de satisfaction émotionnelle antagonistes grossièrement résumés ci-dessous :
• des satisfactions émotionnelles, d'estime de soi et de reconnaissance (par son environnement familial, proche, social et professionnel) se nourrissant d'émotions positives, constructives, d’empathie, d'entraide, de coopération, d'échange, de respect de l'altérité, de convivialité, d’envie de préserver notre biosphère et notre avenir
• par opposition à des satisfactions émotionnelles, d'estime de soi et de reconnaissance (par son environnement familial, proche, social et professionnel) se nourrissant de narcissisme, d’égocentrisme, d'émotions négatives, destructrices, reposant sur la domination par la peur ou par la force, la prédation, le mépris des plus faibles, la jalousie des plus forts, alimentant nos biais tribaux, en écrasant ou détruisant tout et tout le monde, y compris notre propre avenir, dans le but d'accumuler des possessions climatiquement, écologiquement et humainement hors de prix en regard de leur aptitude à répondre à nos besoins réels mais inadéquatement jugées socialement valorisantes (comme s'il s'agissait là de prix ou de médailles honorifiques).
Dominique18 a écrit : 27 janv. 2026, 14:49La diplomatie bienveillante...
Mon message ci-dessus n'a pas pour objet de traiter de ce sujet (plus propre aux échanges sur ce fil qu'aux passages cités et aux réflexions que suscitent ces passages indépendamment du fil). Peut-être aurais-je du ouvrir un fil séparé pour qu'il soit plus clair que mes remarques n'avaient aucun rapport avec l'enfilade autre qu'une réflexion suscitée uniquement par les 2 passages cités en eux même. Bon, tant pis.