Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

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mathias
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#201

Message par mathias » 08 févr. 2026, 23:11

richard a écrit : 08 févr. 2026, 18:19 Des faits, rien que des faits!
Les caractéristiques d’une onde perçues par un observateur varient en fonction de la vitesse au premier degré (effet Doppler), au second degré (mis en évidence pour les ondes électromagnétiques par Fizeau avec un dispositif à courant d’eau) et en fonction de la distance (le redshift).
Des faits, des faits !
L’on ne perçoit pas des caractéristiques , l’on perçoit des modulations sonores, des ondulations sonores, des vibrations propres à votre moteur thermiques, comme d’ailleurs cet très du caisse de résonance ( guitare, harpe, etc’

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richard
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#202

Message par richard » 08 févr. 2026, 23:36

On perçoit les caractéristiques d’une onde, à savoir la fréquence par les oreilles et la longueur d’onde par les yeux et grâce aux instruments qui prolongent ces deux sens, ouie et vision.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#203

Message par mathias » 09 févr. 2026, 09:13

richard a écrit : 08 févr. 2026, 23:36 On perçoit les caractéristiques d’une onde, à savoir la fréquence par les oreilles et la longueur d’onde par les yeux et grâce aux instruments qui prolongent ces deux sens, ouie et vision.
Par les yeux. ! …
La «  hauteur «  d’un son, noté Do par ex, est enregistré par le conduit auditif, puis tympanise (´) puis encore amplifié comme dans une caisse de résonance, pour être reconnu comme juste, et devenir éventuellement pivot : note fondant la suite des autres intervalles (note fondamentale).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondament ... o%20majeur.

Le phénomène de résonance a été repéré très tôt:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arch%C3%A9oacoustique

Là aussi, il s’agit de science, mais vue de l’autre côté de « la lorgnette »
A + pour un autre sujet.

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richard
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#204

Message par richard » 09 févr. 2026, 10:24

mathias a écrit : 09 févr. 2026, 09:13 Par les yeux. ! …
Le spectre visible est la région du spectre électromagnétique que l'oeil humain est capable de percevoir.

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richard
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#205

Message par richard » 09 févr. 2026, 16:18

Le phénomène de variation des caractéristiques des ondes électromagnétiques en fonction de la vitesse au second degré, a été expliqué par la théorie de la relativité comme une variation de la fréquence de l’onde émise et donc par une variation de l’écoulement du temps dans un référentiel en mouvement (sic!). De même le phénomène de variation des caractéristiques des ondes électromagnétiques en fonction de la distance a été expliqué par un effet Doppler de l’espace. Ces deux approches attribuent à l’émetteur les phénomènes de variation des caractéristiques des ondes électromagnétiques. C’est une position éminemment positiviste. Une position réaliste, au contraire, attribue des caractéristiques intrinsèques à l’émetteur et considère que ces phénomènes sont dûs à l’observation.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#206

Message par ABC » 12 févr. 2026, 17:38

Gwanelle a écrit : 12 févr. 2026, 15:50La grande majorité de nos phrases sont dites dans une forme essentialisante, car, dans l'usage, et pour communiquer clairement, il est plus simple de faire comme si les choses avaient vraiment des caractéristiques essentielles qu'au contraire de prendre toujours l'extrême précaution de préciser notre relation aux choses dans toutes nos phrases.
Ta remarque présente un caractère très général. Elle s'applique aussi, en fait, à toutes nos connaissances sans exception. Nous avons tendance à attribuer un caractère objectif aux propriétés physiques que nous attribuons à tel ou tel objet ou encore aux lois physiques dites fondamentales.

Cette identification entre hypothétiques propriétés intrinsèques des objets et propriétés observables de notre relation avec ces objets est (à mon avis) à l'origine des très nombreuses propositions d'interprétation de la physique quantique. Beaucoup d'entre elles visent, non à accroître sa précision et sa fiabilité prédictive, mais à la rendre indépendante de l'observateur macroscopique (au besoin même en la modifiant dans ce but).

Il s'agit là :
  • de tenter (une tentative à mon sens un peu désespérée) d'attribuer un caractère objectif (indépendant de la relation observateur macroscopique/système observé (1)) aux lois et propriétés que nous attribuons à l'univers (notamment à l'état quantique, ou mieux, à une description plus complète par 2-state vector)
    .
  • ou, plus précisément, de supposer que de telles lois et propriétés physiques objectives puissent exister et que nos connaissances en seraient des approximations s'en approchant de plus en plus au fur et à mesure des avancées de la science.
(1) L’objectivité apparente (cad, en fait, l'intersubjectivité) des lois et propriétés de la physique que nous attribuons à (nos interactions avec) l'univers découle du fait que ces lois et propriétés physiques sont extraites de traces du passé ; or les traces du passé sont des enregistrements irréversibles d'information, des états d'équilibre, des états dont les grandeurs macroscopiques caractérisant notre grille de lecture d'observateurs macroscopique, (notre "myopie" commune) sont des constantes.

C'est de cette constance des grandeurs pertinentes à notre échelle d'observation (grâce, lors d’une évolution irréversible, à la fuite d’informations dites non pertinentes hors de portée de l’observateur macroscopique) qu'émerge la reproductibilité et l'intersubjectivité des informations extraites des traces du passé.

Le recours à la notion d'observateur conscient, un temps évoqué par von Neuman et par Wigner pour expliquer l'émergence d'un résultat de mesure quantique, en violation de l'unitarité d'évolution des états quantiques, n'est pas requis. Pour faire apparaître, en physique, la violation de symétrie CPT par la mesure quantique (et par les évolutions irréversibles), on a seulement besoin de la notion (moins contraignante) d'observateur macroscopique (un être humain, un arbre, une amibe ou même un virus). Sa grille de lecture (cad les grandeurs dites macroscopiques) est requise pour faire apparaître la notion d'enregistrement irréversible. Sans enregistrements irréversibles d'information, aucun phénomène physique n'existerait (au sens où la physique d'aujourd'hui définit la notion d'existence).

Grâce à leur grille de lecture (leur myopie) commune, 2 observateurs distincts, observant successivement la même trace du passé vont, de ce fait, en extraire la même information. Il est là le rôle de l’observacteur macroscopique (les êtres vivants).
Cf. § Conclusion La flèche du temps et § Conclusion "The arrow of time issue, an overview").

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Gwanelle
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#207

Message par Gwanelle » 13 févr. 2026, 15:49

ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38 Ta remarque présente un caractère très général. Elle s'applique aussi, en fait, à toutes nos connaissances sans exception.
Oui, et je vois un grand interêt à bien dire à quel point ce problème est général, qu'il s'applique (comme tu le signales à raison) à toute connaissance sans exception.
Car, lorsqu'on parce de ces problèmes en partant de la MQ, la réaction (défensive de ses convictions) de l'interlocuteur est souvent de se dire quelque chose comme:

"Oui mais toutes ces considérations ne sont que des conséquences philosophiques très particulièrement liées uniquement au fait que cette théorie -la MQ- est non ontologiquement interprétable, et pas les autres ..."

Défense faisant de la MQ un cas "à part", une exception, rejetant toute recherche de compréhension profonde, unifiée, du problème le plus fondamental de la connaissance.
ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38 Il s'agit là :
- de tenter d'attribuer un caractère objectif aux lois et propriétés que nous attribuons à l'univers [...]
- de supposer que de telles lois et propriétés physiques objectives puissent exister et que nos connaissances en seraient des approximations [...]
Je suis d'accord avec ces deux points, mais ceci dit, je crois qu'une fois le cap de compréhension de "en quoi l'objectivité est une erreur" est acquis, il n'en reste pas moins problématique d'abandonner ce en quoi elle n'est pas une erreur.

Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes, c'est aussi de définir (dans la méthode scientifique) la distinction ou l'identité de deux expériences effectuées par deux équipes de chercheurs différentes.

Or, si la méthode scientifique ne peut plus définir "deux expériences identiques", alors une des conséquences est que la validation par la répétition de l'expérience devient, du coup, elle aussi, mal définie.

Mais:
ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38 Grâce à leur grille de lecture (leur myopie) commune, 2 observateurs distincts, observant successivement la même trace du passé vont, de ce fait, en extraire la même information.
Est-ce si évident (ça à l'air évident pour toi, mais pour moi non, ou pas encore) que notre myopie commune nous prémunisse ou anihile (?) le problème que j'évoque (le problème de reconnaissance, aprés abandon de l'objectivité, de "deux expériences identiques")
Ôte-toi de mon soleil !

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#208

Message par mathias » 13 févr. 2026, 16:13

Évidemment, quand on rapproche deux termes: métaphysique / convictions personnelles philosophiques, comme dans une partie de la page suivante:
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9taphysique
La science tient «  le haut du panier »
A titre personnel je m’en tiens ici, à celle de Aristote.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#209

Message par ABC » 13 févr. 2026, 17:49

Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49 "Oui mais toutes ces considérations ne sont que des conséquences philosophiques très particulièrement liées uniquement au fait que cette théorie -la MQ- est non ontologiquement interprétable, et pas les autres ..."
Un peu comme s'il existait des théories (autres que la théorie de la gravitation) qui n'en feraient pas partie en tant que conséquences.
ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38Il s'agit là :
- de tenter d'attribuer un caractère objectif aux lois et propriétés que nous attribuons à l'univers [...]
- de supposer que de telles lois et propriétés physiques objectives puissent exister et que nos connaissances en seraient des approximations [...]
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49je crois qu'une fois le cap de compréhension de "en quoi l'objectivité est une erreur" est acquis, il n'en reste pas moins problématique d'abandonner ce en quoi elle n'est pas une erreur.
Ce qui n'en n'est pas une erreur, c'est ce qui correspond, non à l'objectivité (à mon avis, l'objectivité est une illusion de type "mind projection fallacy"), mais à l'intersubjectivité, le fait que toutes les connaissances auxquelles (à juste titre) nous accordons notre confiance sont des informations reproductiblement observables, c'est à dire des informations enregistrées irréversiblement dont nous extrayons les propriétés et lois physiques que nous attribuons à (nos interactions avec) l'univers, un point de vue positiviste que, pour ma part, j'ai fini par accepter avec difficulté...

...quoique ce point de vue positiviste ne soit pas unanimement accepté, loin s'en faut. Des physiciens tels que Vaidman et de nombreux autres, ayant pourtant découvert que la mesure quantique pouvait entrer dans le cadre d'un formalisme time-symmetric si l'on tenait compte :
  • du vecteur d'état se propageant du présent vers le futur
  • ET du vecteur d'état se propageant du futur vers le présent (observable seulement après coup, lorsqu'il a laissé une trace observable sous forme d'enregistrement irréversible)
restent attachés à une interprétation réaliste de la physique. Ce sont pourtant des physiciens parfaitement lucides et au fait du rôle de l'observacteur, de l'observaction et du lien information reproductiblement lisible-enregistrement irréversible d'information-grandeur macroscopique-observacteur macroscopique concernant la violation d'unitarité des évolutions quantiques par la mesure quantique.
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes.
A mon avis, si...
...ou alors on ne parle pas de l'objectivité les lois et propriétés physiques (au sens de lois et propriétés physiques qui auraient une existence indépendante de notre grille de lecture d'observateur macroscopique) car il s'agit là, selon moi, d'une illusion réaliste...
...Contrairement à la notion d'intersubjectivité, une notion possédant une signification physique s'étendant à tous les observateurs (de grandeurs) macroscopiques : des êtres humains, des arbres, des bactéries...

A mon sens, par objectivité scientifique, on évoque alors plutôt une intersubjectivité sortant du domaine strict des lois et propriétés physique pour entrer dans le champ des activités et comportements humains (dont celles des équipes de recherche en physique quand on se limite à ce sujet là).

Cette "objectivité" là désigne alors (selon moi) une intersujectivité présentant les imperfections dues à son caractère humain. Elle est donc soumise aux nombreux biais que sont les erreurs d'interprétation, les imperfections de mesure, un éventuel manque de rigueur, nos biais cognitifs, nos biais tribaux, l'envie éventuelle de croire un peu trop vite qu'une théorie ou un résultat d'expérience est probant, le désir d'avoir raison face à des "concurrents" aboutissant à des conclusions différentes... faussant ainsi notre impartialité si l'on manque de vigilance quant à notre envie de croire etc, etc...
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49si la méthode scientifique ne peut plus définir "deux expériences identiques", alors une des conséquences est que la validation par la répétition de l'expérience devient, du coup, elle aussi, mal définie...
...donc que le protocole expérimental objet du litige doit être redéfini avec plus de rigueur en s'appuyant sur ce qui rencontre un consensus scientifique.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#210

Message par mathias » 13 févr. 2026, 18:19

L’humain étant imparfait, la science condescend.

Nous sommes là dans la suffisance, non?

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#211

Message par Akine » 16 févr. 2026, 10:52

ABC a écrit : 13 févr. 2026, 17:49
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes.
A mon avis, si...
...ou alors on ne parle pas de l'objectivité les lois et propriétés physiques (au sens de lois et propriétés physiques qui auraient une existence indépendante de notre grille de lecture d'observateur macroscopique) car il s'agit là, selon moi, d'une illusion réaliste...
...Contrairement à la notion d'intersubjectivité, une notion possédant une signification physique s'étendant à tous les observateurs (de grandeurs) macroscopiques : des êtres humains, des arbres, des bactéries...
Bonjour ABC,

J'ai un( ensemble d)e question(s) pour toi.

Elles peuvent se résumer ainsi : comment expliciterais-tu ce que veut dire "objectivité" (au sens fondamental, par opposition à l'intersubjectivité) ?

Car en définitive, le problème actuel que je perçois est que pour parler d'existences "indépendante" ou "dépendante d'une grille de lecture", il est nécessaire au préalable de définir ce qui constitue l'existence au moins sous ces aspects.

Or, tu sembles suggérer qu'une existence dépendante d'une grille de lecture provient/émerge d'une relation particulière entre "le monde" et "l'observateur". OK. Cela m'amène à m'interroger : si les représentations issues de cette relation chez l'observateur ne sont pas objectives, qu'en est-il de ladite relation elle-même en tant qu'objet physique ? S'agit-il, également, d'un objet subjectif (ce qui reviendrait à comprendre que postuler l'existence objective d'entités quelconques servant de "substrat subjectif" aux notions de "moi" ou "l'observateur" ou "le monde" ou "le monde+l'observateur" (= "l'Univers"), même en s'abstenant d'évoquer la moindre de leurs propriétés, est une hypothèse métaphysique (conclusion équivalente à "on ne peut pas savoir s'il existe objectivement quelque chose plutôt que rien", ce qui me paraît franchement absurde)) ?

Si oui, il me semble nécessaire de déduire que l'objectivité n'est pas pensable/utilisable par un être humain autrement que comme un jeu linguistique ("un bâton de fer en bois", dirait Schopenhauer) et que, par conséquent, cette notion même est vide de sens. (une autre manière de le formuler est de dire que l'existence elle-même étant un concept intersubjectif, une existence objective est une aporie totale, même plus une "hypothèse métaphysique") Que penses-tu de cette proposition ?

...dans le cas où elle est valide, je me demande (rhétoriquement) quel serait celui de faire une distinction même conceptuelle entre objectivité et existence intersubjective, entre micro-état (objectif donc aporétique) et macro-état.

Si ton raisonnement finit par invalider lui-même certains des objets qu'il manipule pour se construire, quelle foi lui accorder ? En d'autres termes, comment concevoir un Univers ou tout est affaire d'intersubjectivité, donc sans jamais utiliser ou référer à un concept dépendant de l'objectivité (même pas de l'existence de l'intersubjectivité, d'observateurs, de microétats, ou de l'Univers lui-même) ?

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#212

Message par ABC » 16 févr. 2026, 17:39

Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes.
ABC a écrit : 13 févr. 2026, 17:49A mon avis, si...
...ou alors on ne parle pas de l'objectivité les lois et propriétés physiques (au sens de lois et propriétés physiques qui auraient une existence indépendante de notre grille de lecture d'observateur macroscopique) car il s'agit là, selon moi, d'une illusion réaliste...
...Contrairement à la notion d'intersubjectivité, une notion possédant une signification physique s'étendant à tous les observateurs (de grandeurs) macroscopiques : des êtres humains, des arbres, des bactéries...
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Comment expliciterais-tu ce que veut dire "objectivité" (au sens fondamental, par opposition à l'intersubjectivité) ?
Pour moi, le concept de propriété ou loi physique objective correspond à une hypothèse, l'hypothèse selon laquelle ces lois ou propriétés pourraient exister indépendamment des traces du passé, les enregistrements irréversibles d'information dont ces lois et propriétés sont extraites (par des observations reproductibles).

Je ne vois pas de possibilité de donner un sens physique au concept d'objectivité (au sens réaliste de propriété intrinsèque, cad de propriété indépendante de la notion de grandeur macroscopique et de la notion d'état d'équilibre qui en découle). Pour légitimer le concept de propriété objective, il faudrait pouvoir lui associer une proposition réfutable par des observations reproductibles (dont le concept d'objectivité est censé pouvoir se passer) contradiction. A mon sens, la notion de propriété ou loi physique objective est un oxymore, une interprétation (à mon sens erronée) de la notion d'intersubjectivité.

Ce n'est pas le cas (à mon sens) concernant l'intersubjectivité :
  • par exemple le fait que 2 observateurs observant une même goutte d'encre, après qu'elle se soit diffusée dans un verre d'eau, voient une eau de la même couleur (car ils partagent la même myopie d'observateur macroscopique)
    .
  • ou encore, dans un exemple plus précis, la raison pour laquelle on doit attendre d'avoir réalisé une observation, cad un enregistrement irréversible d'information, pour que l'on puisse dire par quel chemin est passé un photon dans un interféromètre de Mach et Zehnder.
Delayed-Choice Experiments and Bohr's Elementary Quantum Phenomenon
No elementary quantum phenomenon is a phenomenon until it is a registered ('observed'(1), 'indelibly recorded') phenomenon, 'brought to a close' by 'an irreversible act of amplification'.
En fait, me concernant, c'est seulement après avoir essayé de comprendre pourquoi le temps s'écoule irréversiblement dans le sens présent --> futur et jamais en sens inverse, pourquoi nous avons des souvenirs du passé et (du point de vue d'informations reproductiblement observables) pas de souvenirs du futur etc. etc. que j'ai vraiment réalisé et (en partie) compris le rôle des enregistrements irréversibles d'information pour faire émerger toutes nos connaissances par des observations reproductibles. Cela passe par la chaîne : information intersubjective <-- traces du passé <-- enregistrement irréversible d'information <-- état d'équilibre <-- grandeurs macroscopiques <-- observateur macroscopique.

Cf. § Conclusion La flèche du temps et § Conclusion "The arrow of time issue, an overview".
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52En définitive, le problème actuel que je vois est que pour parler d'existence "indépendante" ou "dépendante d'une grille de lecture", il est nécessaire au préalable de définir ce qui constitue l'existence au moins sous ces aspects.
Pour ma part, je ne vois pas de solution autre, au contraire, que celle de faire découler le concept d'existence de la notion d'observation, cad d'inverser :
  • ca existe donc on peut l'observer ou on pourra l'observer un jour ou l'autre
    en
  • on peut l'observer (reproductiblement) donc, par définition de la notion d'existence, ça existe (2)
La difficulté me semble être un peu similaire (en pire) à la difficulté d'accepter le caractère non objectif du présent (la simultanéité entre 2 évènements), des longueurs et des durées. Il faut simplement accepter d'étendre encore le rôle de l'observateur à l'ensemble des lois et propriétés physiques.
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Or, tu sembles suggérer qu'une existence dépendante d'une grille de lecture.
Je ne crois pas que ce concept soit compatible avec la façon dont nous faisons l'acquisition de connaissances sur nos interactions avec l'univers...
...et je ne crois pas non plus que la notion d'existence d'une propriété puisse être un préalable à celle de son observation. A mon sens, c'est l'inverse (2).
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Faut-il en déduire que l'objectivité n'est pas pensable/utilisable par un être humain autrement que comme un jeu linguistique ?
Je dirais plutôt, comme une erreur d'interprétation de l'intersubjectivité. Cette erreur conduit certains physiciens, concernant les asymétries temporelles, base de ce que nous sommes en mesure d'observer :
  • existence de traces du passé
  • distinction entre évènements passés et évènements futurs
  • existence de souvenirs du passé et absence de souvenirs du futur
  • écoulement irréversible du temps
  • principe de causalité
  • violation de la symétrie CPT et de l'unitarité des évolutions quantiques par la mesure quantique, alors que, selon les dernières recherches, même la formation et l'évolution d'un trou noir préserve l'unitarité des évolutions (Hawking avait reconnu sa défaite en 2004)
à conclure qu'il s'agit là d'illusions au prétexte qu'elles ne sont pas objectives.

Cette non objectivité des asymétries temporelle, du principe de causalité et de l'écoulement irréversible du temps est juste puisque les asymétries temporelles demandent le recours à la notion seulement intersubjective de grandeur macroscopique (la grille de lecture des observateurs macroscopiques : êtres humains, autres animaux, végétaux, bactéries, virus)...
...mais ça l'est aussi de toutes les lois et propriétés physiques. L'écoulement irréversible du temps n'est, à mon sens, pas une exception légitimant le fait de le qualifier d'illusion (je suis toutefois conscient qu'il s'agit là d'un avis puisqu'à ce jour ce point de vue ne fait pas l'unanimité).
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Comment concevoir un Univers où tout est affaire d'intersubjectivité, sans jamais utiliser un concept dépendant de l'objectivité (même pas de l'existence de l'intersubjectivité, d'observateurs, de microétats, ou de l'Univers lui-même) ?
Un peu (en pire) comme un univers où il 'y a pas de présent objectif, en acceptant (ça choque nos postjugés, des postjugés reposant sur notre expérience vécue et la façon dont nous l'interprétons dans la vie courante) que seule est pertinente, la notion d'observation reproductible, un socle sur lequel repose la notion d'existence et non l'inverse (2). Tout ce que nous savons ou pouvons dire (même la notion d'existence) repose sur les informations que nous extrayons de nos observations des traces du passé.

Nous n'avons même pas de traces du présent. Il est reconstruit après coup. A notre échelle, comme la lumière "va très vite", on ne peut pas s'apercevoir de l'inexistence du présent en dehors d'expériences de physique conçues pour donner lieu à des résultats observables en attestant (comme l'absence observable de collapse instantané du photon de Bob quand Alice fait une mesure de son côté cf. § Measurement of EPR states "Each instant of time a new universe").

(1) Je n'aime pas la mention 'observed' de la citation. Elle suggère (à mon sens) que la présence d'un observateur serait nécessaire pour "ouvrir la boîte et observer le chat dans l'expérience du chat de Schrödinger". L'observateur intervient, certes, pour que l'on puisse dire d'une mesure quantique qu'elle a bien donné lieu à un résultat, mais il n'est pas nécessaire que ce résultat de mesure soit observé. Il suffit qu'il soit observable, cad qu'il ait donné lieu à un enregistrement irréversible d'information, une irréversibilité reposant sur la notion d'état d'équilibre = constance des grandeurs macroscopiques caractérisant un état du point de vue de la grille de lecture des observateurs (sous-entendu macroscopiques : un être humain, mais tout aussi bien un arbre, une bactérie, ou même un virus).

Dans ce cas (très, très, très théorique certes), non seulement le résultat de mesure observé par l'ami de Wigner n'est pas objectif, mais il n'est pas encore intersubjectif...
.
2_Ami_de_Wigner.ppt
Lami_de_Wigner.png
.
...mais l'intersubjectivité n'est pour autant jamais observablement violée. Dès que Wigner communique avec son ami, ils sont d'accord sur le résultat de mesure observé.

Quand l'enregistrement du spin vertical d'un spin 1/2 initialement horizontal est devenue irréversible pour l'ami de Wigner enfermé dans son labo (fuite d'information inaccessible à cet observateur-là), à ce moment-là, la mesure est terminée pour cet ami. L'ami de Wigner, lui, ne peut alors plus ramener le spin 1/2 dans son état de spin horizontal initial...

...Wigner, quant à lui, est censé ne pas encore être intriqué avec son ami, son spin 1/2, son appareil de mesure et même son labo (du moins dans cette expérience de pensée totalement hors de notre portée en pratique, mais compatible avec la théorie quantique). Pour Wigner, cet ensemble est dans un état superposé. De ce fait, Wigner dispose toujours, lui, de la possibilité de ramener l'ensemble spin+appareil+ami+labo dans son état quantique initial en faisant interférer constructivement les 2 composantes de son état superposé...

...et c'est précisément cette possibilité propre à l'interaction entre Wigner et l'état du labo de son ami et ce qu'il contient que modélise cet état quantique superposé.

On a la même chose (de façon par contre accessible à nos possibilités d'observation actuelles) avec les expériences de type EPRB. La mesure d'Alice projette la paire de photons dans un état de polarisation défini des 2 côtés...
...et pourtant, du côté de Bob, il ne se passe absolument rien. Selon le § Quantum measurement of EPR states de l'article "Each instant of time a new universe", la 2-time corrélation des mesures de Bob sur son photon (ou son spin 1/2, les 2 marchent) est préservée, prouvant ainsi que le photon de Bob n'a pas subi de collapse (quoi que, à ma connaissance, cette prédiction n'ait pas encore reçu de confirmation expérimentale)...
...mais dès qu'Alice et Bob communiquent, la violation des inégalités de Bell respecte l'intersubjectivité de leurs observations.

(2) Quantum information and relativity theory
In this review we shall adhere to the view that ρ is only a mathematical expression which encodes information about the potential results of our experimental interventions. The latter are commonly called “measurements” — an unfortunate terminology, which gives the impression that there exists in the real world some unknown property that we are measuring. Even the very existence of particles depends on the context of our experiments.
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