Bonjour Kraepelin,
Kraepelin a écrit : 22 févr. 2026, 01:47
En toute rigueur, vous avez raison et ce devrait être le cas pour toute les approches. Mais le développement de la psychiatrie n’en est pas là. En attendant, il faut procéder par essai erreur et se fier à l’expérience clinique des évaluateurs pour déterminer l’approche la plus prometteuse pour une personne en particulier. Soit dit en passant, c’est également le cas pour les antidépresseurs. On en essai un et si ça ne marche pas, on en essai un autre… Le saviez-vous?
Oui, j'ai une certaine culture de la psychiatrie et de la médecine.
L'exemple des antidépresseurs que vous citez est intéressant. Il est vrai que certaines personnes répondent partiellement ou pas du tout, par exemple, aux ISRS. Cependant, vous savez sans doute que les antidépresseurs ayant reçu une AMM pour une indication donnée doivent justifier dans ce cadre d'une efficacité moyenne significativement supérieure au placebo, ce qui implique - mathématiquement - la certitude qu'au moins une partie des patients en bénéficiera
(et donc qu'il vaut mieux utiliser une de ces molécules qu'une pilule de sucre). Idem pour les TCC (par exemple dans le cadre de l'anxiété).
A-t-on pu obtenir un tel résultat (validé scientifiquement) avec la psychanalyse ?
(Je note d'ailleurs que l'on peut partiellement prédire l'efficacité de la réponse ISRS à partir de certains polymorphismes génétiques : MAO, 5-HTr, SERT, etc. [1] Ce qui constitue à on sens un contre-exemple à votre affirmation selon laquelle "la psychiatrie n'en est pas là", tout au moins concernant l'approche parmacologique.)
En effet, mais ça explique sa survivance dans le milieu institutionnelle. Par ailleurs, très peu de théories en psychologie clinique sont "validées" scientifiquement. Ce n’est pas parce qu’ici et là elles ont effectué quelques démonstrations expérimentales, qu’elles sont vraiment solides ou capables de faire face à la complexité de l’expérience clinique.
Il y a une différence entre une théorie (= modèle) et une pratique (= protocole plus ou moins rigoureux). C'est ce dernier que l'on évalue.
De plus, mettre au même niveau la psychanalyse et les thérapies cliniques (cf. les TCC dont vous parlez plus loin) implique que le niveau, la quantité et la fiabilité des démonstrations effectuée relativement à ces pratiques est similaire, narratif que je mets en doute.
Je ne comprends pas de quoi vous parlez. Désolé!
J'ai dû manquer de clarté en m'exprimant.
Vous disiez :
Une grande partie des apprentissages en psychologie clinique se fait en stage, de bouche à oreilles, sur la base de traditions cliniques qui n'ont généralement pas fait l'objet de validations scientifiques. Et c'est vrai pour toutes les approches en psychologie clinique y compris TCC.
Ce à quoi je répondais, en substance et en reprenant votre exemple des TCC, qu'une personne qui pratique la TCC utilise un mélange de notions ayant un statut épistémique distinct, que l'on peut décliner en deux "types" :
- d'une part (type 1), les principes de la TCC telle que définie officiellement, constituant le socle et le point commun d'un ensemble de psychothérapies évaluées scientifiquement, désignées par l'acronyme "TCC" dans la littérature ;
- de l'autre (type 2), les concepts caractérisés par les exemples que vous évoquiez : traditions cliniques, apprentissages empiriques, et que je regroupais sous le terme (non péjoratif) d'
artisanat. Ceux-ci viennent se greffer sur, et compléter, les principes généraux communs de la TCC, d'une façon qui sera propre à chaque praticien.
Je ne conteste pas l'importance factuelle, ni l'inévitabilité de la présence, dans la réalité, des notions du second type.
Cependant, nous sommes tous deux au courant des faiblesses altérant la pertinence de l'obtention de telles connaissances
(au point que cette qualification même de "connaissances" devient discutable selon certaines acceptions). Biais de confirmation, absence d'analyse statistique détaillée, difficulté à isoler les variables d'intérêt, définition a posteriori des critères de réussite, défaut d'homogénéité dans la pratique psychothérapeutique entre différentes séances, etc. sont autant de limitations qui en dégradent considérablement la légitimité
(c'est-à-dire la certitude de leur efficacité).
Or, malgré l'utilisation ubiquitaire de ces savoirs non-validés, les TCC démontrent (dans certaines indications) une efficacité prouvée [2]
(en moyenne, donc au moins pour certains patients)... preuve qui se limite justement au "socle commun" (type 1) regroupant l'ensemble des TCC : les pratiques/savoirs du type 2 n'ayant, pour la plupart, pas été évalués au sein de ces études (car il faudrait pour cela les isoler, les définir et les analyser explicitement).
(En ce sens, vu qu'ils diffèrent entre chaque praticien, leur effet individuel contribue probablement au bruit statistique présent dans l'analyse des résultats scientifiques.)
À l'instar des antidépresseurs, c'est cette
validation scientifique à l'échelle globale qui en fonde la légitimité.
Il ne me semble pas que la psychanalyse puisse actuellement prétendre à une validation équivalente, mais je suis ouvert à la contradiction (rigoureuse et sourcée).
[1] Nombreuses études, mais ce preprint est en accès libre :
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11703334/
[2] Voir par exemple :
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/29451967/