Auréliane Auxois - Quelques écrits
Publié : 21 juil. 2026, 00:57
Copyright © 2001 Auréliane Auxois
Un corbeau
Johnny ouvrit un oeil, puis l’autre, et se hâta de les refermer. La vue que lui offrait sa chambre le déprima d’emblée. Les cadavres épars des bouteilles et des paquets de cigarettes vides l’affectaient bien plus que tous ceux qu’il avait pu découvrir dans sa vie de détective privé, même décapités et vieux de plusieurs semaines. L’oreiller empestait le tabac froid et Johnny n’en sentait même plus le contact contre ses joues recouvertes d’une barbe de quatre jours.
Pendant ce temps-là, les cafards se noyaient un par un sous l’évier de la cuisine.
Soudain un bruit épouvantable retentit dans l’escalier de l’immeuble. ”Ils devraient réparer la minuterie”, pensa Johnny, qui se leva d’un bond, enfila ses jeans et se rua dans la cuisine pour faire du café. “Encore une journée glauque en vue”, se dit-il en voyant la pluie ruisseler sur les carreaux sales de la fenêtre.
On sonna à la porte... Pendant un bref instant, Johnny retint son souffle, se demandant s’il allait répondre ou bien faire le mort. Après tout, il en avait vu suffisamment. Encore un client et un macchabée dont il faudrait disséquer le passé puis offrir une réalité propre et plausible. “Mais pourquoi suis-je né, bon sang ?”
Après huit coups de sonnette, le silence régna à nouveau. Johnny n’avait pas bougé, tiraillé entre ses démons et l’envie de gagner de l’argent, ce qui, à vrai dire, tombait à pic. Dégoûté, il retourna se coucher.
Trois heures plus tard, un nouveau coup de sonnette le réveilla. Cela ne pouvait être qu’un visiteur car on lui avait coupé le téléphone la semaine dernière. Il se fraya un chemin jusqu’à la porte à travers le brouillard de son cerveau.
“Monsieur Johnny Pepp ?
- C’est bien ça, mon pote.
- J’aimerais vous parler.
- Bon ben c’est fait, salut.
- Non, attendez, dit le grand homme vêtu de noir qui avait pris un air horrifié en découvrant l’habitant des lieux. Soudain, il écarta les bras et s’envola comme un grand corbeau noir.
- Bon, assez divagué, s’engueula Johnny, même s’il ressemble à un corbeau, il ne peut pas voler. “Qu’est ce que vous voulez”, demanda-t-il au volatile.
- Si vous me laissez entrer, je vous l’expliquerai.
- Allez-y, mais je vous préviens, ici, c’est Tchernobyl.
- J’ai l’habitude, ne vous souciez pas de cela, répondit l’homme d’un sourire blanc.
Après que Johnny eût promptement balayé de la main trois cafards qui erraient sur l’unique chaise de la pièce, l’homme y prit place.
- Je m’appelle Robert Buse, reprit l’homme.
“Je savais qu’il était de la famille”, ne put s’empêcher de penser Johnny
-... et je suis employé par la Loterie Territoriale.
A ces mots, Johnny ouvrit grand les yeux et abattit violemment sa main sur l’homme.
- Excusez-moi, les cafards, dit-il à la buse médusée.
Après s’être rétabli sur sa chaise, Robert Buse reprit :
- Avez-vous acheté un billet de loterie la semaine dernière ?
- Oui, en effet
- Eh bien, j’ai le plaisir de vous annoncer que c’est un billet gagnant. Et vous avez gagné une grosse somme d’argent, monsieur Pepp, ajouta l’homme, une lueur satisfaite dans les yeux.
Johnny le regarda, impassible.
- C’est une plaisanterie ?
- Monsieur, les plaisanteries ne font pas partie de ma profession.
- Combien j’ai gagné ?
- Trois millions d'euros. Vous n’avez qu’à me présenter votre billet de jeu et je vous remettrai la convocation pour venir retirer le chèque dans nos locaux.
Un vrombissement retentit soudain dans la chambre et s’amplifia. Les ailes de l’habitacle se déployèrent et l’espace commença à tournoyer comme un avion pris dans la tourmente. Les cafard se cramponnaient aux hublots. Johnny rouvrit les yeux et se rattrapa au dossier de la chaise.
- Vous buvez quelque chose ?
- Volontiers, merci.
Johnny gagna la cuisine en traînant les pieds, prit deux verres, la bouteille de Pastis et une carafe. Il ouvrit le robinet d’eau pour la remplir. Puis, il s’accroupit et ouvrit le placard sous l’évier. La fuite était mal colmatée, il y avait une flaque d’eau par terre et des cafards morts flottaient à la surface. Johnny se pencha, avança la main et dégagea une boule de papier de la brèche. Il la déplia tant bien que mal, et la regarda. C’était un billet de loterie, trempé, déchiré, illisible, bon à jeter ou à colmater une fuite.
“ Putain de plomberie”, pensa Johnny.
Un corbeau
Johnny ouvrit un oeil, puis l’autre, et se hâta de les refermer. La vue que lui offrait sa chambre le déprima d’emblée. Les cadavres épars des bouteilles et des paquets de cigarettes vides l’affectaient bien plus que tous ceux qu’il avait pu découvrir dans sa vie de détective privé, même décapités et vieux de plusieurs semaines. L’oreiller empestait le tabac froid et Johnny n’en sentait même plus le contact contre ses joues recouvertes d’une barbe de quatre jours.
Pendant ce temps-là, les cafards se noyaient un par un sous l’évier de la cuisine.
Soudain un bruit épouvantable retentit dans l’escalier de l’immeuble. ”Ils devraient réparer la minuterie”, pensa Johnny, qui se leva d’un bond, enfila ses jeans et se rua dans la cuisine pour faire du café. “Encore une journée glauque en vue”, se dit-il en voyant la pluie ruisseler sur les carreaux sales de la fenêtre.
On sonna à la porte... Pendant un bref instant, Johnny retint son souffle, se demandant s’il allait répondre ou bien faire le mort. Après tout, il en avait vu suffisamment. Encore un client et un macchabée dont il faudrait disséquer le passé puis offrir une réalité propre et plausible. “Mais pourquoi suis-je né, bon sang ?”
Après huit coups de sonnette, le silence régna à nouveau. Johnny n’avait pas bougé, tiraillé entre ses démons et l’envie de gagner de l’argent, ce qui, à vrai dire, tombait à pic. Dégoûté, il retourna se coucher.
Trois heures plus tard, un nouveau coup de sonnette le réveilla. Cela ne pouvait être qu’un visiteur car on lui avait coupé le téléphone la semaine dernière. Il se fraya un chemin jusqu’à la porte à travers le brouillard de son cerveau.
“Monsieur Johnny Pepp ?
- C’est bien ça, mon pote.
- J’aimerais vous parler.
- Bon ben c’est fait, salut.
- Non, attendez, dit le grand homme vêtu de noir qui avait pris un air horrifié en découvrant l’habitant des lieux. Soudain, il écarta les bras et s’envola comme un grand corbeau noir.
- Bon, assez divagué, s’engueula Johnny, même s’il ressemble à un corbeau, il ne peut pas voler. “Qu’est ce que vous voulez”, demanda-t-il au volatile.
- Si vous me laissez entrer, je vous l’expliquerai.
- Allez-y, mais je vous préviens, ici, c’est Tchernobyl.
- J’ai l’habitude, ne vous souciez pas de cela, répondit l’homme d’un sourire blanc.
Après que Johnny eût promptement balayé de la main trois cafards qui erraient sur l’unique chaise de la pièce, l’homme y prit place.
- Je m’appelle Robert Buse, reprit l’homme.
“Je savais qu’il était de la famille”, ne put s’empêcher de penser Johnny
-... et je suis employé par la Loterie Territoriale.
A ces mots, Johnny ouvrit grand les yeux et abattit violemment sa main sur l’homme.
- Excusez-moi, les cafards, dit-il à la buse médusée.
Après s’être rétabli sur sa chaise, Robert Buse reprit :
- Avez-vous acheté un billet de loterie la semaine dernière ?
- Oui, en effet
- Eh bien, j’ai le plaisir de vous annoncer que c’est un billet gagnant. Et vous avez gagné une grosse somme d’argent, monsieur Pepp, ajouta l’homme, une lueur satisfaite dans les yeux.
Johnny le regarda, impassible.
- C’est une plaisanterie ?
- Monsieur, les plaisanteries ne font pas partie de ma profession.
- Combien j’ai gagné ?
- Trois millions d'euros. Vous n’avez qu’à me présenter votre billet de jeu et je vous remettrai la convocation pour venir retirer le chèque dans nos locaux.
Un vrombissement retentit soudain dans la chambre et s’amplifia. Les ailes de l’habitacle se déployèrent et l’espace commença à tournoyer comme un avion pris dans la tourmente. Les cafard se cramponnaient aux hublots. Johnny rouvrit les yeux et se rattrapa au dossier de la chaise.
- Vous buvez quelque chose ?
- Volontiers, merci.
Johnny gagna la cuisine en traînant les pieds, prit deux verres, la bouteille de Pastis et une carafe. Il ouvrit le robinet d’eau pour la remplir. Puis, il s’accroupit et ouvrit le placard sous l’évier. La fuite était mal colmatée, il y avait une flaque d’eau par terre et des cafards morts flottaient à la surface. Johnny se pencha, avança la main et dégagea une boule de papier de la brèche. Il la déplia tant bien que mal, et la regarda. C’était un billet de loterie, trempé, déchiré, illisible, bon à jeter ou à colmater une fuite.
“ Putain de plomberie”, pensa Johnny.