Copyright © 2001 Auréliane Auxois
Un corbeau
Johnny ouvrit un oeil, puis l’autre, et se hâta de les refermer. La vue que lui offrait sa chambre le déprima d’emblée. Les cadavres épars des bouteilles et des paquets de cigarettes vides l’affectaient bien plus que tous ceux qu’il avait pu découvrir dans sa vie de détective privé, même décapités et vieux de plusieurs semaines. L’oreiller empestait le tabac froid et Johnny n’en sentait même plus le contact contre ses joues recouvertes d’une barbe de quatre jours.
Pendant ce temps-là, les cafards se noyaient un par un sous l’évier de la cuisine.
Soudain un bruit épouvantable retentit dans l’escalier de l’immeuble. ”Ils devraient réparer la minuterie”, pensa Johnny, qui se leva d’un bond, enfila ses jeans et se rua dans la cuisine pour faire du café. “Encore une journée glauque en vue”, se dit-il en voyant la pluie ruisseler sur les carreaux sales de la fenêtre.
On sonna à la porte... Pendant un bref instant, Johnny retint son souffle, se demandant s’il allait répondre ou bien faire le mort. Après tout, il en avait vu suffisamment. Encore un client et un macchabée dont il faudrait disséquer le passé puis offrir une réalité propre et plausible. “Mais pourquoi suis-je né, bon sang ?”
Après huit coups de sonnette, le silence régna à nouveau. Johnny n’avait pas bougé, tiraillé entre ses démons et l’envie de gagner de l’argent, ce qui, à vrai dire, tombait à pic. Dégoûté, il retourna se coucher.
Trois heures plus tard, un nouveau coup de sonnette le réveilla. Cela ne pouvait être qu’un visiteur car on lui avait coupé le téléphone la semaine dernière. Il se fraya un chemin jusqu’à la porte à travers le brouillard de son cerveau.
“Monsieur Johnny Pepp ?
- C’est bien ça, mon pote.
- J’aimerais vous parler.
- Bon ben c’est fait, salut.
- Non, attendez, dit le grand homme vêtu de noir qui avait pris un air horrifié en découvrant l’habitant des lieux. Soudain, il écarta les bras et s’envola comme un grand corbeau noir.
- Bon, assez divagué, s’engueula Johnny, même s’il ressemble à un corbeau, il ne peut pas voler. “Qu’est ce que vous voulez”, demanda-t-il au volatile.
- Si vous me laissez entrer, je vous l’expliquerai.
- Allez-y, mais je vous préviens, ici, c’est Tchernobyl.
- J’ai l’habitude, ne vous souciez pas de cela, répondit l’homme d’un sourire blanc.
Après que Johnny eût promptement balayé de la main trois cafards qui erraient sur l’unique chaise de la pièce, l’homme y prit place.
- Je m’appelle Robert Buse, reprit l’homme.
“Je savais qu’il était de la famille”, ne put s’empêcher de penser Johnny
-... et je suis employé par la Loterie Territoriale.
A ces mots, Johnny ouvrit grand les yeux et abattit violemment sa main sur l’homme.
- Excusez-moi, les cafards, dit-il à la buse médusée.
Après s’être rétabli sur sa chaise, Robert Buse reprit :
- Avez-vous acheté un billet de loterie la semaine dernière ?
- Oui, en effet
- Eh bien, j’ai le plaisir de vous annoncer que c’est un billet gagnant. Et vous avez gagné une grosse somme d’argent, monsieur Pepp, ajouta l’homme, une lueur satisfaite dans les yeux.
Johnny le regarda, impassible.
- C’est une plaisanterie ?
- Monsieur, les plaisanteries ne font pas partie de ma profession.
- Combien j’ai gagné ?
- Trois millions d'euros. Vous n’avez qu’à me présenter votre billet de jeu et je vous remettrai la convocation pour venir retirer le chèque dans nos locaux.
Un vrombissement retentit soudain dans la chambre et s’amplifia. Les ailes de l’habitacle se déployèrent et l’espace commença à tournoyer comme un avion pris dans la tourmente. Les cafard se cramponnaient aux hublots. Johnny rouvrit les yeux et se rattrapa au dossier de la chaise.
- Vous buvez quelque chose ?
- Volontiers, merci.
Johnny gagna la cuisine en traînant les pieds, prit deux verres, la bouteille de Pastis et une carafe. Il ouvrit le robinet d’eau pour la remplir. Puis, il s’accroupit et ouvrit le placard sous l’évier. La fuite était mal colmatée, il y avait une flaque d’eau par terre et des cafards morts flottaient à la surface. Johnny se pencha, avança la main et dégagea une boule de papier de la brèche. Il la déplia tant bien que mal, et la regarda. C’était un billet de loterie, trempé, déchiré, illisible, bon à jeter ou à colmater une fuite.
“ Putain de plomberie”, pensa Johnny.
Auréliane Auxois - Quelques écrits
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Auréliane Auxois - Quelques écrits
Les entreprises de presse constituent une marchandise de luxe très prisée des grandes fortunes. Qui possède dirige.
Re: Auréliane Auxois - Quelques écrits
Jolie symbolique.
Par contre, l'atmosphère vaguement onirique, la présence de détails anecdotiques apparemment inutiles (détective privé ? corbeau ?) et l'absurdité de certaines causalités m'intriguent, dans le sens où j'ai du mal à en comprendre la signification (narrative ou métaphorique).
Au fait, qui est cette Auréliane Auxois ? Je n'ai rien pu trouver d'elle après quelques recherches.
Par contre, l'atmosphère vaguement onirique, la présence de détails anecdotiques apparemment inutiles (détective privé ? corbeau ?) et l'absurdité de certaines causalités m'intriguent, dans le sens où j'ai du mal à en comprendre la signification (narrative ou métaphorique).
Au fait, qui est cette Auréliane Auxois ? Je n'ai rien pu trouver d'elle après quelques recherches.
Dernière modification par Akine le 22 juil. 2026, 20:48, modifié 1 fois.
Re: Auréliane Auxois - Quelques écrits
Akine, c'est parce qu'il s'agit d'Isabelle Auxois, ou Irène ou Inès, pas d'Auréliane
Ôte-toi de mon soleil !
- LoutredeMer
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Re: Auréliane Auxois - Quelques écrits
Merci.
Par contre, l'atmosphère vaguement onirique, la présence de certains détails anecdotiques apparemment inutiles (détective privé ? corbeau ?) et l'absurdité apparente de certaines causalités m'intriguent, dans le sens où j'ai du mal à comprendre leur signification (narrative ou métaphorique).
Tu me communiques assez bien l’effet escompté. Disons que c’est un exercice de style. Pas vraiment calculé, j’étais revenue à des études de littérature anglaise et américaine, je baignais dedans, et les idées venaient toutes seules, intuitivement.
La vie et l’état chaotique de Johnny (fauché, déprimé et alcoolique), sont rendus par un récit chaotique qui plonge le lecteur dans cette atmosphère où le réel et les visions et les sensations se mélangent comme celles de Johnny, suivant les vecteurs de la malchance, du rejet, du dégoût et finalement de la mort (l’homme en noir, le sourire blanc, des cafards qui tentent de survivre, le refuge dans le sommeil etc.).
D’où l’absurdité intentionnelle que tu perçois et qui atteint son apogée quand il se rend compte qu’il a gagné beaucoup d’argent qui le sortirait de sa situation misérable, mais qu’il ne pourra pas le toucher. Ce qui n’empêche pas quelques notes d’humour (enfin moi elles m’ont fait rire), le second degré est un bon remède contre le mélodrame.
Techniquement, on est en effet dans une narration métaleptique, la métalepse étant une transgression narrative où la métadiégèse (le narrateur détective au deuxième niveau) fait irruption dans la diégèse (le narrateur principal externe et omniscient, au premier niveau). Le narrateur-je (Johnny) aurait été trop simple. Idem de la focalisation. La focalisation externe se mélange et alterne avec la focalisation interne (celle de Johnny) ce qui n’est pas franchement académique.
Tu ne trouveras rien. De plus, c’est un pseudonyme d’écrivaine. Toute ma famille paternelle est de l’Auxois et autour (Semur-en-Auxois spécifiquement). Tout est soit sur papier, soit informatisé dans mes dossiers personnels. J’avais écumé les éditeurs parisiens mais qui s’intéresse aux nouvelles? Pas grand monde. Pas grave. Je suis passée à autre chose il y a longtemps.Au fait, qui est cette Auréliane Auxois ? Je n'ai rien pu trouver d'elle après quelques recherches.
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