Florence,
Evidemment: les croyants n'ont que le jeu sémantique pour tenter de faire admettre l'objet de leur croyance au rang de réalité. Ca s'appelle "déplacer les buts", et ça ne fait illusion que si l'on reste dans le domaine de l'imaginaire. Curieusement (

), les croyants les plus crédules (les zozos, quoi) sont parfaitement en accord avec les sceptiques les plus radicaux lorsqu'il s'agit de définir une preuve en matière d'achat de leur voiture ou de réparation de la plomberie, ou de contester la réalité du montant d'une facture ...
Je pense que ces notions de réalité qui concernent les voitures, la plomberie ou les factures ne représentent pas un enjeu existentiel. La où la croyance entre en jeu, c'est lorsqu'il s'agit plus ou moins directement de donner un sens à la vie, quelque chose que la science est pour l'heure incapable de donner (et ce n'est sans doute pas son rôle).
La physique et la neurophysiologie proposent des pistes, ancrées dans le réel, qui ont prouvé leur valeur par les diverses solutions d'aide qu'elles apportent aux personnes souffrant de troubles de la vue, par exemple. Sur ces sujets, lisez Sachs "Un anthropologue sur Mars" (outre que c'est instructif, c'est passionnant du point de vue humain et très bien écrit).
J'ai lu il y a quelques années au sujet des devices pour recouvrer partiellement la vue ou l'ouïe (bioélectronique ?). Si c'est de ça que tu parles, je ne pense pas que ça réponde à ce que je disais. Ce que je voulais dire, c'est que je ne pourrais jamais vivre de l'intérieur une substitution de la réalité avec quelqu'un d'autre qui soit complète. De sorte que je ne pourrais jamais comparer ma vision de la réalité avec la vision de quelqu'un d'autre. C'est une question de vécu, donc de subjectivité.
"Résignation" facile, mais contredite par ce qu'on sait de la psychologie, sociologie, etc. (cf. plus haut).
Comme je disais plus tôt, ce n'est pas possible de comparer les subjectivités de chacun à 100% avec les outils actuels. Peut-être qu'un jour on pourra, mais pour l'instant, je n'ai pas d'autre choix que me résigner. Pourtant je donnerai beaucoup pour voir au travers des yeux d'un autre, comprendre au travers du cerveau d'un autre, etc...
Non, vous comparez réalité et interprétation ce celle-ci. Depuis quand l'interprétation est-elle la réalité ? (ou "la carte est-elle le territoire?")
Tu as bien compris. Je compare la réalité objective (les signaux, les forces, les événements physiques mesurables, ...) avec la réalité subjective. C'est un problème philosophique classique. Un sujet ne connaît pas d'autre réalité que celle qui est sa propre interprétation de la réalité objective par l'intermédiaire de ses sens. Tu parles de carte et de territoire, c'est exactement ça. D'ailleurs, dans l'un des cours sur la communication que j'avais eu quand j'étais étudiant, on parlait de carte mentale, différente pour chacun. Les sens fonctionnent comme un grand écran de cinéma pour le "moi". Au final, un même stimulus ne provoquera pas la même interprétation selon les personnes. C'est cette vision des choses très centrée sur le moi qui fait que certaines personnes pensent que rien n'existe avec certitude sinon eux-mêmes. Et au fond, la réalité subjective est la seule chose que chacun peut expérimenter.
Hélas, le prosélytisme, tant répandu (il suffit de voir l'acharnement des croyants sur ce forum pour en avoir un échantillon), contredit vos affirmations: le croyant a besoin de faire admettre la réalité de l'objet de sa croyance au sceptique, cherche à faire valider cette dernière par "la science", mais exige que ne lui soit pas appliquée une méthodologie susceptible de l'invalider. Faute d'en trouver une suffisamment complaisante, il réagit comme vous (quoique vous soyez nettement plus prudent et "raisonnable" que la moyenne):
Le prosélytisme n'est vraiment pas le monopôle des croyants. Les scientifiques sont tout aussi prosélytes, ne serait-ce que pour leur appporter la raison qui est l'interprétation la plus juste de la réalité. Il suffit de lire les enfilades sur ce forum pour s'en rendre compte: beaucoup font du débat dans l'espoir de changer l'autre, ou de le heurter, et sans vraiment respecter leur opinion (notamment par la moquerie). A la base, c'est un mécanisme instinctif: l'être humain, grégaire, se sent rassuré dans un groupe homogène et qu'est-ce qui définit un tel groupe ? Notamment le fait de partager des valeurs et un langage. Pour les sceptiques, on partage le fait que tout ce qui n'est pas démontré, ou simplement admis, par la science n'est pas la réalité objective; qu'une démonstration doit être faite selon un ensemble de règles et de procédures - la méthodologie - à respecter. Pour les croyants, ce qui est partagé, c'est le fait que la science n'a démontré et expliqué qu'une infime partie de l'iceberg de la réalité objective. Pour les autres questions, notamment les questions existentielles, puisqu'il n'y a pas de réponse scientifique et puisqu'il y a toujours un besoin très fort d'obtenir des réponses, alors on invente et l'on essaie de trouver ailleurs de quoi répondre. Dieu se cache dans les endroits non éclairés par la science, c'est connu. Ensuite, le même mécanisme grégaire s'installe selon les croyances: plus le groupe est grand, plus l'on se sent rassuré. Le prosélytisme, ce n'est ni plus ni moins qu'une tentative d'agrandir son groupe. Mais il me semble évident que ce n'est pas parce que l'on est un million à croire en quelque chose que la probabilité que ce quelque chose existe vraiment augmente.
A défaut de preuve, le croyant a la foi. C'est sûr que ça paraît totalement insensé aux yeux d'un scientifique pour qui la démonstration seule amène à la preuve. Mais, il faut faire l'effort de comprendre que la foi, ou la croyance, c'est la seule façon pour beaucoup de donner un sens à la vie. D'ailleurs, combien de fois ai-je lu sur les forums des phrases du genre: "Mais si ce machin là n'est pas vrai, alors la vie n'a plus aucun sens." Si un sceptique peut accepter l'idée que la vie n'ait aucun sens, tout le monde n'est pas en mesure de le faire...
Alors évidemment, si un croyant peut amener la science à aller dans son sens, c'est encore une façon de se rassurer. A l'inverse, si la science n'est pas complaisante, et puisqu'il est trop difficile d'un point de vue psychologique de se remettre en question, alors débute le double-standard vis à vis de la science.
Quoi qu'il en soit, j'assume totalement le fait de vouloir chercher quelque chose au-delà de ce que la science propose et qui ne répond pas à mes questions existentielles. Je ne me cache pas le fait que je peux me tromper, loin de là. Mais si un jour la science apporte une réponse définitive à la question: "Y a-t-il une vie ou une continuité de conscience après la mort physique ?", je suis preneur, même si la réponse est non.
Yann