1), comme tu l'as remarqué, l'Europe ne compte pas de pays "sous-développé" au sens de ce que l'on trouve en Amérique du Sud. Certains pays comme le Portugal ou des pays de l'Est qui sont en attente d'adhésion sont nettement moins favorisés économiquement que les pays fondateurs, mais les écarts ne sont pas aussi marqués qu'entre les états américains du nord et du sud par exemple.
Deuxièmement, il n'y a en effet pas de pôle unique comme les USA qui soit en mesure de mener le bal à lui tout seul. La France, l'Allemagne et dans une moindre mesure l'Angleterre, revendiquent ce rôle, mais aucun n'a la possibilité de l'imposer, ni même de l'assumer si on le lui reconnaissait.
Enfin, et il s'agit du point le plus important, la finalité de l'Union Européenne est fondamentalement basée sur un idéal autre que purement économique: il s'agit véritablement de faire en sorte à ce que les 3 désastres qui ont ravagé l'Europe (1875, 14-18, 39-45) n'aient plus la possibilité de se reproduire. Quels que soient les dérapages économiques, sociaux ou politiques, qu'amènera l'UE, la possibilité d'un conflit majeur entre ses acteurs n'est plus guère envisageable. Il s'agit d'une donne qui n'a jamais eu la moindre influence sur les continents américains, et cela change tout.
Attention, je (et la grande majorité des européens) ne suis pas naïve: les pouvoirs économiques ont bien vu le potentiel de profits maximum sur le dos des populations, via l'affaiblissement des états nations, et nous payons cela chèrement (en euros !). Toutefois, à la différence des Amériques, chacun ici est conscient du danger de laisser la gestion des affaires à la seule économie. Le souvenir de la facilité qu'il y a à manipuler des foules aux abois est encore vivace.
L'influence de l'UE sur les affaires sociales est fonction de celle que gardera chaque pays, voire chaque région, pour préserver les acquis au delà des vélléités nivellatoires par le bas d'une économie qui se prétend LA solution. Il existe un mouvement accru ici pour demander une démocratie plus participative, non seulement au niveau électoral, mais législative et exécutive (avec les risques inhérents à une demande de trop de participation: la Suisse, qui connaît des votations environ chaque trimestre à propos d'initiatives et de référendums populaires et parlementaires, souffre d'un absentéisme record).
Bref, je pense que la comparaison est possible sur certains points précis et en fait très contemporains, mais pas sur l'ensemble.