Ghost a écrit :Mikaël a écrit :...
Pas grand chose à voir avec le ghostisme, donc.

Faut bien que je te pique un peu pour voir ce que tu as dans le ventre.
Alors précision:
Je faisais allusion à l'ontologie en tant que connaissance de "l'être" (l'âme) de l'être humain.
La connaissance de l'âme (en tant qu'entité séparée ou non) me semble plutôt être du ressort de la psychologie, voire des sciences cognitives et des neurosciences (si on considère que l'âme est une propriété du cerveau ou du moins que le cerveau lui impose un certain nombre de conditions).
Ghost a écrit :A moins que tu ne considères pas l'âme en tant qu'entité existante indépendante (ce qu'en fait je soupçonne) et que tu en fais une entité solidaire au corps physique.
Question:
Différencies-tu les deux formes "d'être" suivantes:
- l'être en tant que corps physique.
- l'être en tant qu'âme (grosso modo le contenu psychique de l'être humain).
Mon avis est qu'il y a bien une différence entre l'être en tant que corps physique et l'être en tant qu'âme mais cette différence est sémantique et non pas réelle. L'âme c'est ce qu'on découvre par introspection, le corps physique, c'est ce qu'on découvre par l'observation extérieure (extraspection). Mais ces deux perspectives se rejoignent sur un même référent.
Si je formalise, ça donnerait à peu près ça :
Ame = ce qu'on observe par introspection = X
Corps = ce qu'on observe par extraspection = X
(de même que, dans un autre registre :
Phosphorus = le dernier astre qu'on observe le matin = Vénus
Hesperus = le premier astre qu'on observe le soir = Vénus)
Reste à savoir quelle est la nature du référent commun X.
Et là, je ne suis ni physicaliste ni spiritualiste, bien au contraire.
Le physicaliste donnerait le primat au corps, et donc à ce qu'on observe par extraspection, et chercherait à comprendre comment les concepts mentaux et physico-mentaux* peuvent être dérivés des concepts physiques.
Le spiritualiste donnerait le primat à l'âme, et donc à ce qu'on observe par introspection, et chercherait à comprendre comment les concepts physiques et physico-mentaux peuvent être dérivés des concepts mentaux.
Il y a aussi la solution dualiste qui consiste à donner le primat à la fois à l'âme et au corps. Le problème, pour le dualiste, est donc de comprendre comment dériver les concepts physico-mentaux des concepts physiques et mentaux.
La solution que je préconise, pour ma part, est ce qu'on appelle le monisme neutre ou phénoménalisme. Tant le physicaliste, le spiritualiste que le dualiste ont perdu de vue une donnée essentielle, qui est commune à l'introspection et à l'extraspection : c'est l'expérience sensible. A chaque fois que l'on observe quelque chose, que ce soit à l'extérieur de nous ou à l'interieur de nous, cela donne lieu à une expérience sensible.
Qu'est-ce que l'expérience sensible au juste ? A vrai dire, il n'y a pas de concept qui puisse la définir adéquatement (j'ai essayé longtemps en vain...). Je pense que l'expérience sensible est indicible, ineffable, elle se montre mais ne se dit pas, elle s'éprouve mais ne se prouve pas. Je me contenterai de la définir de manière transcendentale comme la condition de possibilité de toute connaissance et perception, ce qui ne nous renseigne pas beaucoup plus il est vrai. C'est une donnée de base que je considère comme un axiome indubitable.
Observe (par la vision) un objet extérieur, par exemple une chaise. Observe (par l'audition) un morceau de musique. Observe ensuite une de tes pensées. Trouves-tu un point commun entre toutes ces observations ? Si oui, alors ce point commun est ce que j'appelle l'expérience sensible.
Une fois posée celle-ci comme réalité ultime, l'âme et le corps se reconstruisent aisément à partir d'elle. Le corps (et les objets physiques), c'est tout simplement l'expérience sensible sur laquelle on applique une grille de lecture physicaliste. L'âme, c'est tout simplement l'expérience sensible sur laquelle on applique une grille de lecture spiritualiste.
Tiens, petit exercice de méditation pour demain : quelle est la véritable limite de notre être ?
Ce qui est le siège de sensations ? Alors pourquoi considérons-nous que c'est plutôt notre peau (limite de notre perception tactile) plutôt que l'horizon (limite de notre perception visuelle) ?
Ce sur quoi nous pouvons exercer notre volonté ? Alors tu fais partie de moi puisque en lisant ce que je suis en train d'écrire, cela va modifier ton cerveau et j'aurai donc modifié ton cerveau à distance
* relatifs aux interactions constatées entre le domaine du physique et du mental.
Ghost a écrit :Mikaël a écrit :Ghost a écrit :Tant que tu confondras le contenu culturel du contenu réel (le fond dont je te parle) tu seras toujours très loin de comprendre l'être (synonyme d'âme-esprit, s'entend).
Le problème c'est que le contenu culturel n'est pas simplement un ensemble de propositions sur le monde que l'on considère comme vraies. Il y a une dimension émotionnelle que tu négliges. Par exemple, les représentations de l'Enfer qui existent et les émotions associées à ses représentations, cela aussi fait partie de la culture. La musique et la capacité à être transportée par elle, c'est aussi de la culture. La preuve en est que l'on se sensibilise en bonne partie à la musique par l'expérience de l'écoute. En tant que musicien, tu devrais le savoir.
Tu ne comprends toujours pas. Le fond dont je te parle se manifeste en actes et comportements et n'a rien à voir avec aucune culture. Pourquoi trouve-t-on dans toutes les religions et doctrines des gens bons et des gens mauvais? Ce n'est pas parce que la religion musulmane mal interprétée favorise le mal ou le terrorisme que tous les musulmans sont des terroristes. Ne viens pas à la charge avec l'argument désuet de la subjectivité du bien et du mal. Garde à l'esprit que les vertus qui sont communément considérées comme bonnes sont celles que je t'ai souvent énumérées (voir à ce propos la rationalité axiologique).
Je ne dis pas que la culture détermine entièrement le comportement des gens. Je dis juste qu'elle a une influence sur ce comportement (je ne prétend pas savoir exactement quelle est la part d'influence en question, en outre, elle doit sans doute varier selon les individus).
Ensuite, il faut garder à l'esprit que tout, dans la culture, n'a pas forcément une répercussion éthique chez les gens. Si je crois, par exemple, qu'il existe des schtroumpfs noirs sur la face cachée de la Lune, ça ne m'empêche pas d'être bon, il est vrai. Mais si je crois que tous ceux qui ne pensent pas comme moi ne méritent pas de vivre, ça peut avoir des conséquences autrement plus fâcheuses
Miky