Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

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mathias
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#201

Message par mathias » 08 févr. 2026, 23:11

richard a écrit : 08 févr. 2026, 18:19 Des faits, rien que des faits!
Les caractéristiques d’une onde perçues par un observateur varient en fonction de la vitesse au premier degré (effet Doppler), au second degré (mis en évidence pour les ondes électromagnétiques par Fizeau avec un dispositif à courant d’eau) et en fonction de la distance (le redshift).
Des faits, des faits !
L’on ne perçoit pas des caractéristiques , l’on perçoit des modulations sonores, des ondulations sonores, des vibrations propres à votre moteur thermiques, comme d’ailleurs cet très du caisse de résonance ( guitare, harpe, etc’

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richard
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#202

Message par richard » 08 févr. 2026, 23:36

On perçoit les caractéristiques d’une onde, à savoir la fréquence par les oreilles et la longueur d’onde par les yeux et grâce aux instruments qui prolongent ces deux sens, ouie et vision.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#203

Message par mathias » 09 févr. 2026, 09:13

richard a écrit : 08 févr. 2026, 23:36 On perçoit les caractéristiques d’une onde, à savoir la fréquence par les oreilles et la longueur d’onde par les yeux et grâce aux instruments qui prolongent ces deux sens, ouie et vision.
Par les yeux. ! …
La «  hauteur «  d’un son, noté Do par ex, est enregistré par le conduit auditif, puis tympanise (´) puis encore amplifié comme dans une caisse de résonance, pour être reconnu comme juste, et devenir éventuellement pivot : note fondant la suite des autres intervalles (note fondamentale).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fondament ... o%20majeur.

Le phénomène de résonance a été repéré très tôt:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arch%C3%A9oacoustique

Là aussi, il s’agit de science, mais vue de l’autre côté de « la lorgnette »
A + pour un autre sujet.

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richard
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#204

Message par richard » 09 févr. 2026, 10:24

mathias a écrit : 09 févr. 2026, 09:13 Par les yeux. ! …
Le spectre visible est la région du spectre électromagnétique que l'oeil humain est capable de percevoir.

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richard
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#205

Message par richard » 09 févr. 2026, 16:18

Le phénomène de variation des caractéristiques des ondes électromagnétiques en fonction de la vitesse au second degré, a été expliqué par la théorie de la relativité comme une variation de la fréquence de l’onde émise et donc par une variation de l’écoulement du temps dans un référentiel en mouvement (sic!). De même le phénomène de variation des caractéristiques des ondes électromagnétiques en fonction de la distance a été expliqué par un effet Doppler de l’espace. Ces deux approches attribuent à l’émetteur les phénomènes de variation des caractéristiques des ondes électromagnétiques. C’est une position éminemment positiviste. Une position réaliste, au contraire, attribue des caractéristiques intrinsèques à l’émetteur et considère que ces phénomènes sont dûs à l’observation.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#206

Message par ABC » 12 févr. 2026, 17:38

Gwanelle a écrit : 12 févr. 2026, 15:50La grande majorité de nos phrases sont dites dans une forme essentialisante, car, dans l'usage, et pour communiquer clairement, il est plus simple de faire comme si les choses avaient vraiment des caractéristiques essentielles qu'au contraire de prendre toujours l'extrême précaution de préciser notre relation aux choses dans toutes nos phrases.
Ta remarque présente un caractère très général. Elle s'applique aussi, en fait, à toutes nos connaissances sans exception. Nous avons tendance à attribuer un caractère objectif aux propriétés physiques que nous attribuons à tel ou tel objet ou encore aux lois physiques dites fondamentales.

Cette identification entre hypothétiques propriétés intrinsèques des objets et propriétés observables de notre relation avec ces objets est (à mon avis) à l'origine des très nombreuses propositions d'interprétation de la physique quantique. Beaucoup d'entre elles visent, non à accroître sa précision et sa fiabilité prédictive, mais à la rendre indépendante de l'observateur macroscopique (au besoin même en la modifiant dans ce but).

Il s'agit là :
  • de tenter (une tentative à mon sens un peu désespérée) d'attribuer un caractère objectif (indépendant de la relation observateur macroscopique/système observé (1)) aux lois et propriétés que nous attribuons à l'univers (notamment à l'état quantique, ou mieux, à une description plus complète par 2-state vector)
    .
  • ou, plus précisément, de supposer que de telles lois et propriétés physiques objectives puissent exister et que nos connaissances en seraient des approximations s'en approchant de plus en plus au fur et à mesure des avancées de la science.
(1) L’objectivité apparente (cad, en fait, l'intersubjectivité) des lois et propriétés de la physique que nous attribuons à (nos interactions avec) l'univers découle du fait que ces lois et propriétés physiques sont extraites de traces du passé ; or les traces du passé sont des enregistrements irréversibles d'information, des états d'équilibre, des états dont les grandeurs macroscopiques caractérisant notre grille de lecture d'observateurs macroscopique, (notre "myopie" commune) sont des constantes.

C'est de cette constance des grandeurs pertinentes à notre échelle d'observation (grâce, lors d’une évolution irréversible, à la fuite d’informations dites non pertinentes hors de portée de l’observateur macroscopique) qu'émerge la reproductibilité et l'intersubjectivité des informations extraites des traces du passé.

Le recours à la notion d'observateur conscient, un temps évoqué par von Neuman et par Wigner pour expliquer l'émergence d'un résultat de mesure quantique, en violation de l'unitarité d'évolution des états quantiques, n'est pas requis. Pour faire apparaître, en physique, la violation de symétrie CPT par la mesure quantique (et par les évolutions irréversibles), on a seulement besoin de la notion (moins contraignante) d'observateur macroscopique (un être humain, un arbre, une amibe ou même un virus). Sa grille de lecture (cad les grandeurs dites macroscopiques) est requise pour faire apparaître la notion d'enregistrement irréversible. Sans enregistrements irréversibles d'information, aucun phénomène physique n'existerait (au sens où la physique d'aujourd'hui définit la notion d'existence).

Grâce à leur grille de lecture (leur myopie) commune, 2 observateurs distincts, observant successivement la même trace du passé vont, de ce fait, en extraire la même information. Il est là le rôle de l’observacteur macroscopique (les êtres vivants).
Cf. § Conclusion La flèche du temps et § Conclusion "The arrow of time issue, an overview").

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Gwanelle
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#207

Message par Gwanelle » 13 févr. 2026, 15:49

ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38 Ta remarque présente un caractère très général. Elle s'applique aussi, en fait, à toutes nos connaissances sans exception.
Oui, et je vois un grand interêt à bien dire à quel point ce problème est général, qu'il s'applique (comme tu le signales à raison) à toute connaissance sans exception.
Car, lorsqu'on parce de ces problèmes en partant de la MQ, la réaction (défensive de ses convictions) de l'interlocuteur est souvent de se dire quelque chose comme:

"Oui mais toutes ces considérations ne sont que des conséquences philosophiques très particulièrement liées uniquement au fait que cette théorie -la MQ- est non ontologiquement interprétable, et pas les autres ..."

Défense faisant de la MQ un cas "à part", une exception, rejetant toute recherche de compréhension profonde, unifiée, du problème le plus fondamental de la connaissance.
ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38 Il s'agit là :
- de tenter d'attribuer un caractère objectif aux lois et propriétés que nous attribuons à l'univers [...]
- de supposer que de telles lois et propriétés physiques objectives puissent exister et que nos connaissances en seraient des approximations [...]
Je suis d'accord avec ces deux points, mais ceci dit, je crois qu'une fois le cap de compréhension de "en quoi l'objectivité est une erreur" est acquis, il n'en reste pas moins problématique d'abandonner ce en quoi elle n'est pas une erreur.

Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes, c'est aussi de définir (dans la méthode scientifique) la distinction ou l'identité de deux expériences effectuées par deux équipes de chercheurs différentes.

Or, si la méthode scientifique ne peut plus définir "deux expériences identiques", alors une des conséquences est que la validation par la répétition de l'expérience devient, du coup, elle aussi, mal définie.

Mais:
ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38 Grâce à leur grille de lecture (leur myopie) commune, 2 observateurs distincts, observant successivement la même trace du passé vont, de ce fait, en extraire la même information.
Est-ce si évident (ça à l'air évident pour toi, mais pour moi non, ou pas encore) que notre myopie commune nous prémunisse ou anihile (?) le problème que j'évoque (le problème de reconnaissance, aprés abandon de l'objectivité, de "deux expériences identiques")
Ôte-toi de mon soleil !

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#208

Message par mathias » 13 févr. 2026, 16:13

Évidemment, quand on rapproche deux termes: métaphysique / convictions personnelles philosophiques, comme dans une partie de la page suivante:
https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9taphysique
La science tient «  le haut du panier »
A titre personnel je m’en tiens ici, à celle de Aristote.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#209

Message par ABC » 13 févr. 2026, 17:49

Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49 "Oui mais toutes ces considérations ne sont que des conséquences philosophiques très particulièrement liées uniquement au fait que cette théorie -la MQ- est non ontologiquement interprétable, et pas les autres ..."
Un peu comme s'il existait des théories (autres que la théorie de la gravitation) qui n'en feraient pas partie en tant que conséquences.
ABC a écrit : 12 févr. 2026, 17:38Il s'agit là :
- de tenter d'attribuer un caractère objectif aux lois et propriétés que nous attribuons à l'univers [...]
- de supposer que de telles lois et propriétés physiques objectives puissent exister et que nos connaissances en seraient des approximations [...]
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49je crois qu'une fois le cap de compréhension de "en quoi l'objectivité est une erreur" est acquis, il n'en reste pas moins problématique d'abandonner ce en quoi elle n'est pas une erreur.
Ce qui n'en n'est pas une erreur, c'est ce qui correspond, non à l'objectivité (à mon avis, l'objectivité est une illusion de type "mind projection fallacy"), mais à l'intersubjectivité, le fait que toutes les connaissances auxquelles (à juste titre) nous accordons notre confiance sont des informations reproductiblement observables, c'est à dire des informations enregistrées irréversiblement dont nous extrayons les propriétés et lois physiques que nous attribuons à (nos interactions avec) l'univers, un point de vue positiviste que, pour ma part, j'ai fini par accepter avec difficulté...

...quoique ce point de vue positiviste ne soit pas unanimement accepté, loin s'en faut. Des physiciens tels que Vaidman et de nombreux autres, ayant pourtant découvert que la mesure quantique pouvait entrer dans le cadre d'un formalisme time-symmetric si l'on tenait compte :
  • du vecteur d'état se propageant du présent vers le futur
  • ET du vecteur d'état se propageant du futur vers le présent (observable seulement après coup, lorsqu'il a laissé une trace observable sous forme d'enregistrement irréversible)
restent attachés à une interprétation réaliste de la physique. Ce sont pourtant des physiciens parfaitement lucides et au fait du rôle de l'observacteur, de l'observaction et du lien information reproductiblement lisible-enregistrement irréversible d'information-grandeur macroscopique-observacteur macroscopique concernant la violation d'unitarité des évolutions quantiques par la mesure quantique.
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes.
A mon avis, si...
...ou alors on ne parle pas de l'objectivité les lois et propriétés physiques (au sens de lois et propriétés physiques qui auraient une existence indépendante de notre grille de lecture d'observateur macroscopique) car il s'agit là, selon moi, d'une illusion réaliste...
...Contrairement à la notion d'intersubjectivité, une notion possédant une signification physique s'étendant à tous les observateurs (de grandeurs) macroscopiques : des êtres humains, des arbres, des bactéries...

A mon sens, par objectivité scientifique, on évoque alors plutôt une intersubjectivité sortant du domaine strict des lois et propriétés physique pour entrer dans le champ des activités et comportements humains (dont celles des équipes de recherche en physique quand on se limite à ce sujet là).

Cette "objectivité" là désigne alors (selon moi) une intersujectivité présentant les imperfections dues à son caractère humain. Elle est donc soumise aux nombreux biais que sont les erreurs d'interprétation, les imperfections de mesure, un éventuel manque de rigueur, nos biais cognitifs, nos biais tribaux, l'envie éventuelle de croire un peu trop vite qu'une théorie ou un résultat d'expérience est probant, le désir d'avoir raison face à des "concurrents" aboutissant à des conclusions différentes... faussant ainsi notre impartialité si l'on manque de vigilance quant à notre envie de croire etc, etc...
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49si la méthode scientifique ne peut plus définir "deux expériences identiques", alors une des conséquences est que la validation par la répétition de l'expérience devient, du coup, elle aussi, mal définie...
...donc que le protocole expérimental objet du litige doit être redéfini avec plus de rigueur en s'appuyant sur ce qui rencontre un consensus scientifique.

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#210

Message par mathias » 13 févr. 2026, 18:19

L’humain étant imparfait, la science condescend.

Nous sommes là dans la suffisance, non?

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#211

Message par Akine » 16 févr. 2026, 10:52

ABC a écrit : 13 févr. 2026, 17:49
Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes.
A mon avis, si...
...ou alors on ne parle pas de l'objectivité les lois et propriétés physiques (au sens de lois et propriétés physiques qui auraient une existence indépendante de notre grille de lecture d'observateur macroscopique) car il s'agit là, selon moi, d'une illusion réaliste...
...Contrairement à la notion d'intersubjectivité, une notion possédant une signification physique s'étendant à tous les observateurs (de grandeurs) macroscopiques : des êtres humains, des arbres, des bactéries...
Bonjour ABC,

J'ai un( ensemble d)e question(s) pour toi.

Elles peuvent se résumer ainsi : comment expliciterais-tu ce que veut dire "objectivité" (au sens fondamental, par opposition à l'intersubjectivité) ?

Car en définitive, le problème actuel que je perçois est que pour parler d'existences "indépendante" ou "dépendante d'une grille de lecture", il est nécessaire au préalable de définir ce qui constitue l'existence au moins sous ces aspects.

Or, tu sembles suggérer qu'une existence dépendante d'une grille de lecture provient/émerge d'une relation particulière entre "le monde" et "l'observateur". OK. Cela m'amène à m'interroger : si les représentations issues de cette relation chez l'observateur ne sont pas objectives, qu'en est-il de ladite relation elle-même en tant qu'objet physique ? S'agit-il, également, d'un objet subjectif (ce qui reviendrait à comprendre que postuler l'existence objective d'entités quelconques servant de "substrat subjectif" aux notions de "moi" ou "l'observateur" ou "le monde" ou "le monde+l'observateur" (= "l'Univers"), même en s'abstenant d'évoquer la moindre de leurs propriétés, est une hypothèse métaphysique (conclusion équivalente à "on ne peut pas savoir s'il existe objectivement quelque chose plutôt que rien", ce qui me paraît franchement absurde)) ?

Si oui, il me semble nécessaire de déduire que l'objectivité n'est pas pensable/utilisable par un être humain autrement que comme un jeu linguistique ("un bâton de fer en bois", dirait Schopenhauer) et que, par conséquent, cette notion même est vide de sens. (une autre manière de le formuler est de dire que l'existence elle-même étant un concept intersubjectif, une existence objective est une aporie totale, même plus une "hypothèse métaphysique") Que penses-tu de cette proposition ?

...dans le cas où elle est valide, je me demande (rhétoriquement) quel serait celui de faire une distinction même conceptuelle entre objectivité et existence intersubjective, entre micro-état (objectif donc aporétique) et macro-état.

Si ton raisonnement finit par invalider lui-même certains des objets qu'il manipule pour se construire, quelle foi lui accorder ? En d'autres termes, comment concevoir un Univers ou tout est affaire d'intersubjectivité, donc sans jamais utiliser ou référer à un concept dépendant de l'objectivité (même pas de l'existence de l'intersubjectivité, d'observateurs, de microétats, ou de l'Univers lui-même) ?

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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#212

Message par ABC » 16 févr. 2026, 17:39

Gwanelle a écrit : 13 févr. 2026, 15:49Car le but de l'objectivité scientifique n'est pas seulement de satisfaire les à priori métaphysiques des réalistes.
ABC a écrit : 13 févr. 2026, 17:49A mon avis, si...
...ou alors on ne parle pas de l'objectivité les lois et propriétés physiques (au sens de lois et propriétés physiques qui auraient une existence indépendante de notre grille de lecture d'observateur macroscopique) car il s'agit là, selon moi, d'une illusion réaliste...
...Contrairement à la notion d'intersubjectivité, une notion possédant une signification physique s'étendant à tous les observateurs (de grandeurs) macroscopiques : des êtres humains, des arbres, des bactéries...
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Comment expliciterais-tu ce que veut dire "objectivité" (au sens fondamental, par opposition à l'intersubjectivité) ?
Pour moi, le concept de propriété ou loi physique objective correspond à une hypothèse, l'hypothèse selon laquelle ces lois ou propriétés pourraient exister indépendamment des traces du passé, les enregistrements irréversibles d'information dont ces lois et propriétés sont extraites (par des observations reproductibles).

Je ne vois pas de possibilité de donner un sens physique au concept d'objectivité (au sens réaliste de propriété intrinsèque, cad de propriété indépendante de la notion de grandeur macroscopique et de la notion d'état d'équilibre qui en découle). Pour légitimer le concept de propriété objective, il faudrait pouvoir lui associer une proposition réfutable par des observations reproductibles (dont le concept d'objectivité est censé pouvoir se passer) contradiction. A mon sens, la notion de propriété ou loi physique objective est un oxymore, une interprétation (à mon sens erronée) de la notion d'intersubjectivité.

Ce n'est pas le cas (à mon sens) concernant l'intersubjectivité :
  • par exemple le fait que 2 observateurs observant une même goutte d'encre, après qu'elle se soit diffusée dans un verre d'eau, voient une eau de la même couleur (car ils partagent la même myopie d'observateur macroscopique)
    .
  • ou encore, dans un exemple plus précis, la raison pour laquelle on doit attendre d'avoir réalisé une observation, cad un enregistrement irréversible d'information, pour que l'on puisse dire par quel chemin est passé un photon dans un interféromètre de Mach et Zehnder.
Delayed-Choice Experiments and Bohr's Elementary Quantum Phenomenon
No elementary quantum phenomenon is a phenomenon until it is a registered ('observed'(1), 'indelibly recorded') phenomenon, 'brought to a close' by 'an irreversible act of amplification'.
En fait, me concernant, c'est seulement après avoir essayé de comprendre pourquoi le temps s'écoule irréversiblement dans le sens présent --> futur et jamais en sens inverse, pourquoi nous avons des souvenirs du passé et (du point de vue d'informations reproductiblement observables) pas de souvenirs du futur etc. etc. que j'ai vraiment réalisé et (en partie) compris le rôle des enregistrements irréversibles d'information pour faire émerger toutes nos connaissances par des observations reproductibles. Cela passe par la chaîne : information intersubjective <-- traces du passé <-- enregistrement irréversible d'information <-- état d'équilibre <-- grandeurs macroscopiques <-- observateur macroscopique.

Cf. § Conclusion La flèche du temps et § Conclusion "The arrow of time issue, an overview".
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52En définitive, le problème actuel que je vois est que pour parler d'existence "indépendante" ou "dépendante d'une grille de lecture", il est nécessaire au préalable de définir ce qui constitue l'existence au moins sous ces aspects.
Pour ma part, je ne vois pas de solution autre, au contraire, que celle de faire découler le concept d'existence de la notion d'observation, cad d'inverser :
  • ca existe donc on peut l'observer ou on pourra l'observer un jour ou l'autre
    en
  • on peut l'observer (reproductiblement) donc, par définition de la notion d'existence, ça existe (2)
La difficulté me semble être un peu similaire (en pire) à la difficulté d'accepter le caractère non objectif du présent (la simultanéité entre 2 évènements), des longueurs et des durées. Il faut simplement accepter d'étendre encore le rôle de l'observateur à l'ensemble des lois et propriétés physiques.
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Or, tu sembles suggérer qu'une existence dépendante d'une grille de lecture.
Je ne crois pas que ce concept soit compatible avec la façon dont nous faisons l'acquisition de connaissances sur nos interactions avec l'univers...
...et je ne crois pas non plus que la notion d'existence d'une propriété puisse être un préalable à celle de son observation. A mon sens, c'est l'inverse (2).
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Faut-il en déduire que l'objectivité n'est pas pensable/utilisable par un être humain autrement que comme un jeu linguistique ?
Je dirais plutôt, comme une erreur d'interprétation de l'intersubjectivité. Cette erreur conduit certains physiciens, concernant les asymétries temporelles, base de ce que nous sommes en mesure d'observer :
  • existence de traces du passé
  • distinction entre évènements passés et évènements futurs
  • existence de souvenirs du passé et absence de souvenirs du futur
  • écoulement irréversible du temps
  • principe de causalité
  • violation de la symétrie CPT et de l'unitarité des évolutions quantiques par la mesure quantique, alors que, selon les dernières recherches, même la formation et l'évolution d'un trou noir préserve l'unitarité des évolutions (Hawking avait reconnu sa défaite en 2004)
à conclure qu'il s'agit là d'illusions au prétexte qu'elles ne sont pas objectives.

Cette non objectivité des asymétries temporelle, du principe de causalité et de l'écoulement irréversible du temps est juste puisque les asymétries temporelles demandent le recours à la notion seulement intersubjective de grandeur macroscopique (la grille de lecture des observateurs macroscopiques : êtres humains, autres animaux, végétaux, bactéries, virus)...
...mais ça l'est aussi de toutes les lois et propriétés physiques. L'écoulement irréversible du temps n'est, à mon sens, pas une exception légitimant le fait de le qualifier d'illusion (je suis toutefois conscient qu'il s'agit là d'un avis puisqu'à ce jour ce point de vue ne fait pas l'unanimité).
Akine a écrit : 16 févr. 2026, 10:52Comment concevoir un Univers où tout est affaire d'intersubjectivité, sans jamais utiliser un concept dépendant de l'objectivité (même pas de l'existence de l'intersubjectivité, d'observateurs, de microétats, ou de l'Univers lui-même) ?
Un peu (en pire) comme un univers où il 'y a pas de présent objectif, en acceptant (ça choque nos postjugés, des postjugés reposant sur notre expérience vécue et la façon dont nous l'interprétons dans la vie courante) que seule est pertinente, la notion d'observation reproductible, un socle sur lequel repose la notion d'existence et non l'inverse (2). Tout ce que nous savons ou pouvons dire (même la notion d'existence) repose sur les informations que nous extrayons de nos observations des traces du passé.

Nous n'avons même pas de traces du présent. Il est reconstruit après coup. A notre échelle, comme la lumière "va très vite", on ne peut pas s'apercevoir de l'inexistence du présent en dehors d'expériences de physique conçues pour donner lieu à des résultats observables en attestant (comme l'absence observable de collapse instantané du photon de Bob quand Alice fait une mesure de son côté cf. § Measurement of EPR states "Each instant of time a new universe").

(1) Je n'aime pas la mention 'observed' de la citation. Elle suggère (à mon sens) que la présence d'un observateur serait nécessaire pour "ouvrir la boîte et observer le chat dans l'expérience du chat de Schrödinger". L'observateur intervient, certes, pour que l'on puisse dire d'une mesure quantique qu'elle a bien donné lieu à un résultat, mais il n'est pas nécessaire que ce résultat de mesure soit observé. Il suffit qu'il soit observable, cad qu'il ait donné lieu à un enregistrement irréversible d'information, une irréversibilité reposant sur la notion d'état d'équilibre = constance des grandeurs macroscopiques caractérisant un état du point de vue de la grille de lecture des observateurs (sous-entendu macroscopiques : un être humain, mais tout aussi bien un arbre, une bactérie, ou même un virus).

Dans ce cas (très, très, très théorique certes), non seulement le résultat de mesure observé par l'ami de Wigner n'est pas objectif, mais il n'est pas encore intersubjectif...
.
2_Ami_de_Wigner.ppt
Lami_de_Wigner.png
.
...mais l'intersubjectivité n'est pour autant jamais observablement violée. Dès que Wigner communique avec son ami, ils sont d'accord sur le résultat de mesure observé.

Quand l'enregistrement du spin vertical d'un spin 1/2 initialement horizontal est devenue irréversible pour l'ami de Wigner enfermé dans son labo (fuite d'information inaccessible à cet observateur-là), à ce moment-là, la mesure est terminée pour cet ami. L'ami de Wigner, lui, ne peut alors plus ramener le spin 1/2 dans son état de spin horizontal initial...

...Wigner, quant à lui, est censé ne pas encore être intriqué avec son ami, son spin 1/2, son appareil de mesure et même son labo (du moins dans cette expérience de pensée totalement hors de notre portée en pratique, mais compatible avec la théorie quantique). Pour Wigner, cet ensemble est dans un état superposé. De ce fait, Wigner dispose toujours, lui, de la possibilité de ramener l'ensemble spin+appareil+ami+labo dans son état quantique initial en faisant interférer constructivement les 2 composantes de son état superposé...

...et c'est précisément cette possibilité propre à l'interaction entre Wigner et l'état du labo de son ami et ce qu'il contient que modélise cet état quantique superposé.

On a la même chose (de façon par contre accessible à nos possibilités d'observation actuelles) avec les expériences de type EPRB. La mesure d'Alice projette la paire de photons dans un état de polarisation défini des 2 côtés...
...et pourtant, du côté de Bob, il ne se passe absolument rien. Selon le § Quantum measurement of EPR states de l'article "Each instant of time a new universe", la 2-time corrélation des mesures de Bob sur son photon (ou son spin 1/2, les 2 marchent) est préservée, prouvant ainsi que le photon de Bob n'a pas subi de collapse (quoi que, à ma connaissance, cette prédiction n'ait pas encore reçu de confirmation expérimentale)...
...mais dès qu'Alice et Bob communiquent, la violation des inégalités de Bell respecte l'intersubjectivité de leurs observations.

(2) Quantum information and relativity theory
In this review we shall adhere to the view that ρ is only a mathematical expression which encodes information about the potential results of our experimental interventions. The latter are commonly called “measurements” — an unfortunate terminology, which gives the impression that there exists in the real world some unknown property that we are measuring. Even the very existence of particles depends on the context of our experiments.
Vous ne pouvez pas consulter les pièces jointes insérées à ce message.

mathias
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#213

Message par mathias » 17 févr. 2026, 09:30

ABC a écrit : 16 févr. 2026, 17:39
En fait, me concernant, c'est seulement après avoir essayé de comprendre pourquoi le temps s'écoule irréversiblement dans le sens présent --> futur et jamais en sens inverse, pourquoi nous avons des souvenirs du passé et (du point de vue d'informations reproductiblement observables) pas de souvenirs du futur etc. etc. que j'ai vraiment réalisé et (en partie) compris le rôle des enregistrements irréversibles d'information pour faire émerger toutes nos connaissances par des observations reproductibles. Cela passe par la chaîne : information intersubjective <-- traces du passé <-- enregistrement irréversible d'information <-- état d'équilibre <-- grandeurs macroscopiques <-- observateur macroscopique.


(1) Je n'aime pas la mention 'observed' de la citation. Elle suggère (à mon sens) que la présence d'un observateur serait nécessaire pour "ouvrir la boîte et observer le chat dans l'expérience du chat de Schrödinger". L'observateur intervient, certes, pour que l'on puisse dire d'une mesure quantique qu'elle a bien donné lieu à un résultat, mais il n'est pas nécessaire que ce résultat de mesure soit observé. Il suffit qu'il soit observable, cad qu'il ait donné lieu à un enregistrement irréversible d'information, une irréversibilité reposant sur la notion d'état d'équilibre = constance des grandeurs macroscopiques caractérisant un état du point de vue de la grille de lecture des observateurs (sous-entendu macroscopiques : un être humain, mais tout aussi bien un arbre, une bactérie, ou même un virus).
Nous avons des traces du futur , bin oui !
Il suffit d'observer le phénomène de germination. Nous avons là, sous les yeux, non seulement les traces du passé, mais aussi celles du futur, tout en nous plaçant objectivement dans le présent.

Ps. concernant cette réflexion
Dans la grammaire hébraïque, le fait de placer un petit caractère (O, et, un "bâton") devant un verbe, par ex. et-il-considéra fait passer celui-ci d'un temps à un autre. C'est magique, non ?, (ce petit bâton de commandement).

Autre réflexion, sans doute idiote:

"L'observateur intervient, certes, pour que l'on puisse dire d'une mesure quantique qu'elle a bien donné lieu à un résultat, mais il n'est pas nécessaire que ce résultat de mesure soit observé. Il suffit qu'il soit observable,

Vous faites comme si les instruments d'observation ne dépendaient pas d'un observateur.

Ps.
Pour le reste (votre argumentation) , je suis admiratif. En effet, doté d’un tel équipage _ les termes utilisés, parfaitement illisibles pour un néophyte, vous conduisez fort bien dans les chemins creux de la connaissance, cela tout en récitant inlassablement votre bréviaire.
Cette dernière réflexion est , j'en conviens, un peu "vache". Mais, ici, sur ce forum seules 1 personne semble saisir les tenants et aboutissants de votre argumentation, une autre personne essaye de comprendre et enfin une dernière, par fraternité de langage est à votre écoute.
De fait, vous discutez seul.
C'est dommage, non ?
Ce forum serait-il le dernier refuge, le dernier "carré" où les scientifiques peuvent s'exprimer?
Donc, nous sommes des néophytes.
A vous, donc, d'agrandir votre cercle de réflexion, tout en perdant un peu de hauteur scientifique.
Merci.

Akine
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#214

Message par Akine » 18 févr. 2026, 16:46

ABC a écrit : 16 févr. 2026, 17:39 Je ne vois pas de possibilité de donner un sens physique au concept d'objectivité (au sens réaliste de propriété intrinsèque, cad de propriété indépendante de la notion de grandeur macroscopique et de la notion d'état d'équilibre qui en découle). Pour légitimer le concept de propriété objective, il faudrait pouvoir lui associer une proposition réfutable par des observations reproductibles (dont le concept d'objectivité est censé pouvoir se passer) contradiction. A mon sens, la notion de propriété ou loi physique objective est un oxymore, une interprétation (à mon sens erronée) de la notion d'intersubjectivité.

Merci pour ta réponse. Je crois que j'en avais correctement saisi les grandes lignes, mais je comprends mieux maintenant les subtilités de la thèse que tu défends (et du sens dans lequel tu emploies les termes que tu utilises).

Le changement de paradigme que tu décris implique donc bien de reforger le sens du mot existence pour le définir à partir de l'observation macroscopique effectuée par une classe d'observateurs partageant les mêmes propriétés physiques.

Pour vérifier l'adéquation de tes propos avec l'appréhension que j'en ai, j'ai émis ci-dessous une série d'affirmations que je considère correspondre à ta pensée. Certaines sont là purement pour la forme, mais je suis moins certain des autres. Si tu en as le temps, je veux bien que tu évalues ton degré d'approbation réel envers chacune d'elles (sur une échelle de 0 à 100% en mode ReDiCo).

-----

1 - a. Tout (et seulement) ce qui est observable existe (intersubjectivement) en tant que macro-état statistique dont les propriétés (moyenne des micro-états) sont les mêmes pour toute une classe d'observateurs (macroscopiques).
b. Si un observateur de la même classe réalise la même expérience dans les mêmes circonstances que moi sur un objet macroscopique, il aboutira aux mêmes résultats.
c. Il est correct (d'un point de vue épistémique) de dire qu'un objet macroscopique existe, lorsqu'un nombre suffisant de mesures le confirmant a été réalisé par des observateurs appartenant à ma classe d'intersubjectivité.

2 - a. Les objets macroscopiques (intersubjectifs) continuent d'exister lorsqu'ils ne sont pas observés (Vénus ne disparaît pas lorsqu'elle est dissimulée par le Soleil).
b. L'existence intersubjective d'un objet macroscopique ne dépend pas de son observation à l'instant T, mais de son observabilité (la possibilité théorique de réaliser des observations le concernant).
c. En somme, les propriétés intersubjectives ont, épistémologiquement, sensiblement le même statut (d'existence indépendante de l'observation) que les propriétés objectives d'un paradigme réaliste : Intersubjectivity is (almost) the new objectivity. La nuance est qu'elles disparaîtraient (ou se présenteraient dans un état modifié) pour une classe d'observateurs différente (cf. affirmation 3-e).

3 - a. Un enregistrement irréversible d'information équivaut à un accroissement d'entropie pertinente au sein d'un système macroscopique (qui atteint donc en cela un état d'équilibre particulier).
b. Il existe des traces mnésiques du passé. L'évolution (accroissement/diminution) de l'entropie pertinente de notre cerveau (ou, en tous, cas, certaines parties) correspond à celle de notre mémoire (intégration/oubli).
c. Il n'existe pas, au sein de nore organe cérébral, de traces mnésiques du futur.
d. D'hypothétiques "traces du futur" (décroissance d'entropie cérébrale) ne seraient pas accessibles à notre mémoire en tant que données perceptives. Une décroissance d'entropie non-pertinente/exploitable vers un état de plus faible entropie est possible. Cependant, cette entropie initiale ne correspond pas à une information, étant donné que seule l'entropie pertinente (accessible à notre fonctionnement mental) compte pour nos neurones (eu égard à la facon dont nous sommes "câblés").
e. Des êtres vivant "à rebrousse-temps" sont, théoriquement, concevables (par ex. au sein d'un système confiné mais ouvert dont l'entropie "fuirait" vers l'extérieur dans notre référentiel temporel - sous forme radiative ou autre). Ils pourraient accumuler des traces cérébrales de ce qui est pour nous le futur (dans notre référentiel) sous forme d'entropie pertinente (perçue subjectivement comme souvenir du passé).
f. Dans des systèmes physiques extérieurs à nous-mêmes, l'entropie peut croître ou décroitre. Nous pouvons déduire des informations sur l'état (macroscopique) passé ou futur d'un système à partir de nos observations.
g. Ces informations sont toujours issues d'un processus réflexif : déduction, généralisation, induction, inférence, etc.

4 - a. Un micro-état n'est pas observable et, par conséquent, ne peut être considéré comme "existant" en tant que tel.
b. Une particule unique (par exemple dans un accélérateur) + l'ensemble de ses propriétés prenant chacune une valeur spécifique (p, m, v, coordonnées, densité de probabilité, charge, etc.) représente un micro-état parmi tous ceux possibles pour ce système (la particule).
c. On ne peut donc pas dire que cette particule "existe" comme un objet défini par ces propriétés spécifiques.

5 - Fondamentalement, nous n'avons un accès direct qu'aux macro-états existant au sein de notre cerveau, i.e. un pattern spécifique d'activité neuronale. Tout le reste est interprétation, inférence, déduction, etc.

6 - Il est raisonnable, à partir de l'existence d'un macro-état cérébral reproductible A (par ex. la conscience de la présence d'un objet dans notre champ de vision), de postuler l'existence d'un macro-état extérieur B (l'objet en question) qui participe, eu égard à ses propriétés, de façon reproductible, aux causes de l'équilibre spécifique A.

7 - Il est déraisonnable, à partir de l'existence d'un macro-état reproductible B' (par ex. l'écran d'un appareil de mesure), de postuler l'existence d'un micro-état C (la particule mesurée) d'un système extérieur (pas forcément toujours le "même" système physiquement, mais se présentant systématiquement dans le même micro-état) qui participe, eu égard à ses propriétés, de façon reproductible, aux causes de l'équilibre spécifique B'.
Dernière modification par Akine le 18 févr. 2026, 19:18, modifié 6 fois.

mathias
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#215

Message par mathias » 18 févr. 2026, 17:11

Merci

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ABC
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#216

Message par ABC » 19 févr. 2026, 16:45

ABC a écrit : 16 févr. 2026, 17:39Je ne vois pas de possibilité de donner un sens physique au concept d'objectivité (au sens réaliste de propriété intrinsèque, cad de propriété indépendante de la notion de grandeur macroscopique et de la notion d'état d'équilibre qui en découle). Pour légitimer le concept de propriété objective, il faudrait pouvoir lui associer une proposition réfutable par des observations reproductibles (dont le concept d'objectivité est censé pouvoir se passer) contradiction. A mon sens, la notion de propriété ou loi physique objective est un oxymore, une interprétation (à mon sens erronée) de la notion d'intersubjectivité.
Akine a écrit : 18 févr. 2026, 16:46Pour vérifier l'adéquation de tes propos avec l'appréhension que j'en ai, j'ai émis ci-dessous une série d'affirmations que je considère correspondre à ta pensée.
A part de petits détails précisés ci-dessous, tu as effectivement retracé assez fidèlement le point de vue positiviste à la Bohr, Heisenberg, Born, Rovelli, Bitbol, Balian, Peres, Gell-man, Grinbaum, Zwirn etc. etc. auquel j'ai fini (très difficilement) par me ranger.
1-a pour toute une classe d'observateurs (macroscopiques)... 1-b de la même classe réalise ...1-c ma classe d'intersubjectivité ...2-c pour une classe d'observateurs différente
A mon sens, la forme de ces expressions suggère que puissent exister d'éventuelles classes d'observateurs différentes de la classe des observateurs macroscopiques. Je ne sais pas comment, ni même s'il est possible, de donner une signification physique à l’hypothèse d’existence "d’observateurs" pour lesquels, du fait d’un hypothétique mode d’interaction physique avec l’univers différent du nôtre, les grandeurs reproductiblement observables différeraient des nôtres. J'ai l'impression que cela nécessiterait vraisemblablement d'accorder du crédit à des observations non reproductibles (pour nous), donc non soumises au même écoulement du temps et au même principe de causalité, nous empêchant ainsi de pouvoir même seulement attribuer à cette hypothèse une signification physique pouvant trouver une place dans la science actuellement connue.
3-d. D'hypothétiques "traces du futur"

Je ne nie pas l'existence des traces du futur. Elles existent mais elles ne nous sont pas accessibles. Exemple : les atomes (ou, à défaut, leurs électrons et nucléons) formant un futur animal ou un futur arbre ou les scories d'un futur volcan. De plus, même si on les mettait en tas dans une bassine, nous n'aurions pas la possibilité de savoir qu'un jour ces particules vont former un animal, un arbre, les scories d'un volcan et en tirer des informations reproductiblement lisibles sur cet animal futur, cet arbre futur et les dégâts à attendre du volcan futur.
3. ...entropie cérébrale ...mémoire ...fonctionnement mental ..nos neurones ...traces mnésiques du passé... organe cérébral traces mnésiques du futur ...nos neurones. Ces informations sont toujours issues d'un processus réflexif : déduction, généralisation, induction, inférence, etc. 5 - macro-états existant au sein de notre cerveau, un pattern spécifique d'activité neuronale, interprétation, inférence, déduction, etc... 6 - Il est raisonnable, à partir de l'existence d'un macro-état cérébral reproductible...
Les lois et propriétés intersubjectives de notre univers n’ont pas besoin d’êtres conscients, ni même d’êtres dotés d’un système nerveux central pour exister. Il suffit qu’elles soient observables. Les plantes, bien que n'ayant pas de système nerveux central, captent les mêmes grandeurs macroscopiques que nous. Il s’agit des mêmes grandeurs dites pertinentes : pression, température, humidité, rayonnement em, sons, acidité, salinité... Elles non plus n’ont pas d’accès à des données reproductiblement lisibles provenant des traces du futur. Elles sont soumises au même critère d'intersubjectivité des informations qu'elles captent et traitent.

La notion d'intersubjectivité de la perception/recueil et du traitement des traces du passé s'étend à l'ensemble des observateurs macroscopiques (les êtres humains, d’éventuelles entités biologiques inconnues, les animaux non humains, les végétaux, les paramécies, les bactéries, les virus…). Que ces observateurs possèdent un cerveau, un système nerveux central ou pas n'a, à mon sens, pas de pertinence vis à vis de la notion d'intersubjectivité/reproductibilité de lecture des informations irréversiblement enregistrées dans les traces du passé. Les traces du passé sont des états d'équilibre, des états caractérisés par des grandeurs macroscopiques constantes. C'est grâce à la constance des grandeurs macroscopiques des états d'équilibre et grâce notre grille de lecture macroscopique (notre "myopie commune) qu'émerge l'intersubjectivité des propriétés et lois physiques que nous attribuons à (nos interactions avec) l'univers.
.
Si nous n’étions pas myopes, nous serions aveugles.
.
Cette reproductibilité de lecture, conséquence de la "myopie" commune des observateurs macroscopiques, est à l’origine de la distinction (non objective) entre traces du passé et traces du futur. Cela fait notamment émerger la distinction entre évènements passés et évènements futurs, l’écoulement irréversible du temps et le principe de causalité. Ces notions (qualifiées à tort d’illusions au prétexte de leur non objectivité) disparaissent si l’on écarte de la physique la grille de lecture commune des observateurs macroscopiques, une grille de lecture sur laquelle, en fait, repose toute notre physique (une grille de lecture non contenue dans les lois de la physique donc puisqu’au contraire notre grille de lecture fait émerger ces lois).

J'ai présenté et détaillé ce point de vue dans la vidéoconférence "La flèche du temps". Un petit descriptif de cette vidéoconférence est donné dans "le post linkedin vidéoconférence sur la flèche du temps".
3-e. Des êtres vivant "à rebrousse-temps" pourraient accumuler des traces cérébrales de ce qui est pour nous le futur.
Non car si on fait remonter le temps à un système physique son entropie diminue (c'est impossible en pratique dès que le système est formé de seulement quelques molécules mais c’est compatible avec nos connaissances actuelles, à savoir la symétrie CPT et la préservation de l'information qui en découle). Les traces du futur sont alors effacées (la goutte d'encre est "dédiffusée". L'état futur où elle s’est diffusée et les traces qu’elle y a laissées sont effacés). cf. A quantum solution to the arrow-of-time dilemma
The arrow of time dilemma: the laws of physics are invariant for time inversion, whereas the familiar phenomena we see every day are not (i.e. entropy increases). I show that, within a quantum mechanical framework, all phenomena which leave a trail of information behind (and hence can be studied by physics) are those where entropy necessarily increases or remains constant. All phenomena where the entropy decreases must not leave any information of their having happened. This situation is completely indistinguishable from their not having happened at all. In the light of this observation, the second law of thermodynamics is reduced to a mere tautology: physics cannot study those processes where entropy has decreased, even if they were commonplace.
4 - a. Un micro-état n'est pas observable et, par conséquent, ne peut être considéré comme "existant" en tant que tel.
à condition toutefois que ce micro-état (cet état quantique donc) soit protégé de la décohérence, cad que l'information le concernant ne soit pas reproductiblement lisible dans les traces qu'il a laissées dans son environnement, notamment (par exemple) si ce microétat a fait l'objet d'une mesure quantique.

L'état de spin vertical up obtenu par l'ami de Wigner existe pour cet ami dès que sa mesure de spin vertical a laissé une trace reproductiblement lisible dans son labo, mais cet enregistrement n’est pas encore irréversible donc n'existe pas encore pour Wigner situé en dehors de son labo (un labo sensé être totalement isolé de l'extérieur dans cette expérience de pensée totalement irréalisable en pratique bien sûr : agitation thermique, gravitation, champ em ambiant... mais compatible avec les lois connues de la physique).

De façon par contre réalisable, dans les expériences EPRB, l'état de polarisation du photon d'Alice (un microétat) existe dès qu'elle en a fait une mesure car elle en a alors obtenu un enregistrement irréversible (elle dispose d'une trace du passé donnant une information reproductiblement lisible de ce microétat). Par contre, ce microétat n'existe pas encore pour Bob au moment où Alice réalise cette mesure. L'état de polarisation du photon induit par la mesure d'Alice existera plus tard pour Bob quand cet évènement de mesure entrera dans le cône de causalité de Bob.

Quel est l’état de la surface du soleil en ce moment ? Il n’existe pas encore. Il existera dans 8 minutes. Les évènements séparés par un intervalle de type espace n’existent pas plus (probablement. J’ai encore un léger doute) que les évènements futurs. De même, dans le vide quantique d'un champ électromagnétique, des photons existent pour des observateurs accélérés (cf. la température de Unruh) et n'existent pas pour des observateurs en mouvement inertiel. Non seulement l'observateur induit un comportement ondulatoire ou corpusculaire du champ électromagnétique selon ce qu'il choisit d'observer (dualité onde-particule), mais il induit même l'existence ou pas des photons qu'il observe par son mouvement accéléré ou pas (effet Unruh).

Les informations que nous recueillons portent sur l'interaction observateur-système observé, pas sur le système observé. Tout ce que nous pouvons dire des lois et propriétés de l'univers repose sur des enregistrements irréversibles d'information. Cette irréversibilité c'est, par définition, une création d'entropie dite pertinente, cad une fuite d'informations (dites non pertinentes) hors de portée des observateurs macroscopiques.

C'est de la redondance et de la stabilité de l'information restante (quelque chose comme quelques millionièmes, de milliardième, de milliardième de l'information requise pour caractériser le microétat d'un système macroscopique observé... mais même cette façon de s'exprimer contient un biais implicite d'interprétation réaliste/objective) qu'émerge ce que nous prenons pour une objectivité des propriétés, constantes et lois de la physique que nous attribuons à (nos interactions avec) l'univers.
7 - Il est déraisonnable, à partir de l'existence d'un macro-état reproductible B' (par ex. l'écran d'un appareil de mesure), de postuler l'existence d'un micro-état C (la particule mesurée) d'un système extérieur (pas forcément toujours le "même" système physiquement, mais se présentant systématiquement dans le même micro-état) qui participe, eu égard à ses propriétés, de façon reproductible, aux causes de l'équilibre spécifique B'.
Pas toujours. Si le système observé est suffisamment bien protégé de la décohérence, il reste dans l'état quantique dans lequel une mesure quantique l'a projeté (un micro état donc puisque l'on est alors au niveau de description le plus détaillé possible de l’état du système observé).
Dernière modification par ABC le 19 févr. 2026, 20:22, modifié 1 fois.

mathias
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#217

Message par mathias » 19 févr. 2026, 19:33

La flèche du temps (rectiligne !), est un point vue. permettant de développer des concepts que l'on s'efforce de prouver.
Le temps, du moins l'écoulement des nombres d'écrivant telle ou telle manifestation phénoménique (le retour de la la Lune, du mouvement de la Voie lactée) présente un fléchissement certain de la flèche Temps

Mais l'on peut aussi concevoir le temps, le nombre représentant celui-ci non pas comme une flèche quelconque, mais comme un champ d'action (style météo: des courbes liant de points de même valeu.
J’entends par courbe reliant des points de valeur identique, une ondulation d’une valeur sur elle même : un do musical, un nombres vibrant sur lui- mème.

Ps.. Et l’invitation à Redico, cela ne vous dit rien ?

Akine
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#218

Message par Akine » 02 mars 2026, 15:11

Bonjour ABC,
ABC a écrit : 19 févr. 2026, 16:45 A mon sens, la forme de ces expressions suggère que puissent exister d'éventuelles classes d'observateurs différentes de la classe des observateurs macroscopiques. Je ne sais pas comment, ni même s'il est possible, de donner une signification physique à l’hypothèse d’existence "d’observateurs" pour lesquels, du fait d’un hypothétique mode d’interaction physique avec l’univers différent du nôtre, les grandeurs reproductiblement observables différeraient des nôtres. J'ai l'impression que cela nécessiterait vraisemblablement d'accorder du crédit à des observations non reproductibles (pour nous), donc non soumises au même écoulement du temps et au même principe de causalité, nous empêchant ainsi de pouvoir même seulement attribuer à cette hypothèse une signification physique pouvant trouver une place dans la science actuellement connue.
Possible. Cependant, nous ne nous positionnons pas, dans le cadre de cette discussion, sur le terrain de la science, mais de la "méta-science" (i.e. la réflexion sur la nature de la connaissance), d'où l'utilisation, pour moi légitime, de concepts non scientifiquement vérifiables, utiles toutefois en tant qu'éléments de raisonnement (tcomme lorsque tu parles d'objectivité, un mot auquel on accorde intuitivement un sens, qui n'a pas nécessairement de correspondance avec une réalité physique).
Les lois et propriétés intersubjectives de notre univers n’ont pas besoin d’êtres conscients, ni même d’êtres dotés d’un système nerveux central pour exister. Il suffit qu’elles soient observables. Les plantes, bien que n'ayant pas de système nerveux central, captent les mêmes grandeurs macroscopiques que nous. La notion d'intersubjectivité de la perception/recueil et du traitement des traces du passé s'étend à l'ensemble des observateurs macroscopiques (les êtres humains, d’éventuelles entités biologiques inconnues, les animaux non humains, les végétaux, les paramécies, les bactéries, les virus…). Que ces observateurs possèdent un cerveau, un système nerveux central ou pas n'a, à mon sens, pas de pertinence vis à vis de la notion d'intersubjectivité/reproductibilité de lecture des informations irréversiblement enregistrées dans les traces du passé.
Peut-être, mais c'est bien à partir de leur observabilité (i.e. propriétés interactionnelles avec un observateur potentiel) que l'on a cherché à définir leur "existence". il est donc nécessaire d'envisager ce caractère "observable" en tant que tel, aka dans l'état cérébral (qui conditionne toutes les autres acceptions de ce mot). Étant donné qu'il s'agit là du critère commun que nous avons établi pour qualifier l'existence, il me paraît déraisonnable d'abstraire ce dernier concept des contingences de notre biologie.

Petite digression : pour moi, les notions même de "lecture" ou de "propriété" sont un produit de notre façon d'envisager le monde, non pas seulement par leur caractère macroscopique, mais aussi fondamentalement humain. Il serait en théorie parfaitement possible de décrire la plante à un niveau moléculaire en se passant du niveau fonctionnel (celui qui la caractérise comme un être vivant, respirant, détectant, etc.), qui ne représente qu'une interprétation a posteriori de son être physique. En d'autres termes, les rapports que nous percevons entre les éléments de notre environnement étant conditionnés par notre biologie, il est normal que nous en comprenions l'existence sous un prisme mécaniste ou téléologique, mais cela ne signifie pas qu'à ce point de vue doive correspondre une réalité indépendante de notre interprétation.

Autrement, je tiens à préciser que je comprends parfaitement (ou, en tous cas, je crois, suffisamment bien) ce que tu écris à propos du déterminisme, de l'irréversibilité, de la distinction entre grandeurs macroscopiques et microscopiques, de l'écoulement du temps, etc. Mes remarques tiennent à des points de détail (qui ne sont peut-être pour moi pas si anodins) et se limitent à tenter d'éclairer des articulations spécifiques de ton raisonnement.
7 - Il est déraisonnable, à partir de l'existence d'un macro-état reproductible B' (par ex. l'écran d'un appareil de mesure), de postuler l'existence d'un micro-état C (la particule mesurée) d'un système extérieur (pas forcément toujours le "même" système physiquement, mais se présentant systématiquement dans le même micro-état) qui participe, eu égard à ses propriétés, de façon reproductible, aux causes de l'équilibre spécifique B'.
Pas toujours. Si le système observé est suffisamment bien protégé de la décohérence, il reste dans l'état quantique dans lequel une mesure quantique l'a projeté (un micro état donc puisque l'on est alors au niveau de description le plus détaillé possible de l’état du système observé).
J'ai l'impression, à te lire, que tu accordes inconsciemment un statut d'objectivité (= indépendance totale vis à vis de l'observation) aux lois macroscopiques du monde qui nous entoure. Je suppose que, peut-être, utiliser le mot d'existence pour désigner ces lois et objets, à l'exclusion de tous autres, représente un piège qui nous conduit à cette représentation erronée de nos propres connaissances.



Pour illustrer ma position, je commencerai par reprendre mon point 2a (avec lequel tu as exprimé ton accord) et considère que Vénus existe (et donc possède, notamment une certaine position et vitesse moyenne) même lorsqu'elle n'est pas observée (il suffit, selon toi, qu'elle soit "observable"). Si je t'ai bien compris, une telle posture est justifiée par mes points 1 b et c.

SI je mesure la position de Vénus (par un dispositif astucieux) alors qu'elle est censée être masquée par le Soleil, j'accède à une position et à une vitesse qu'il serait légitime de qualifier d'existante même dans une "ligne historique alternative"rien ni personne n'effectueait jamais cette mesure à cet instant.

D'où il s'ensuit que : Si un objet/propriété est mesurable, alors il existe (proposition I)

Je fais maintenant l'expérience de pensée suivante. Imaginons un réservoir contenant 2^38 molécules formées chacune par 39 atomes de carbone d'isotopes différents (C14 pour marquer le début de chaîne, C12 ou C13 pour les atomes suivants afin de leur donner un "numéro d'identification" unique en binaire). Cela me permet d'identifier chaque molécule comme distincte des autres. Il me paraît compatible avec nos connaissances physiques que :

- chaque molécule est suffisamment grosse pour exclure les effets quantiques, et donc définir une position + vitesse relativement précise pour son centre de masse ;
- Je peux (théoriquement, avec un dispositif très élaboré, mais techniquement envisageable) choisir un numéro d'identification puis mesurer la position et la vitesse (p,v) de la molécule correspondante ;
- cette mesure se fait d'une façon non-destructive de l'état (p,v) étant donné le fort poids moléculaire de mon objet.

Puis-je alors considérer chaque molécule (et donc l'ensemble du système en tant que micro-état (relatif car il me manque d'autres paramètres comme l'état de rotation de chaque molécule, etc.)) comme existante ?

... Non, vas-tu peut-être objecter : je ne peux connaître l'ensemble de leurs caractéristiques (p,v) à un instant T...

...MAIS je te répondrai alors que je peux connaître les paramètres (p,v) de n'importe quelle molécule à ce même instant T ! Ce qui est équivalent (proposition I) à admettre individuellement l'existence de chacune d'entre elles.

Dans ce cas, je ne vois aucune objection à considérer le micro-état (certes incomplètement décrit mais en aucun cas "macroscopique") comme "existant".

Certes, le seul objet auquel j'aurai eu directement accès est mon cerveau, qui a lui-même lu les informations irréversiblement enregistrées sur mon appareil de mesure... Une autre objection que tu pourrais donc soulever ici, c'est que l'on "perd" très rapidement ces informations par un phénomène analogue à la décohérence (pas le même exactement puisque l'objet n'est pas quantique, mais partageant les mêmes mécanismes) : le fait que p et v soient modifiés extrêmement vite, de façon imprévisible et inconnaissable, viendrait en quelque sorte annihiler la pertinence de la mesure. Par conséquent, même si tu as admis qu'un objet protégé de la décohérence (= perte d'information par interactions imprévisibles avec le bain thermique environnant) reste "existant" après sa mesure, il cesserait de l'être après quelques millisecondes. En quoi tu aurais partiellement raison, mais :

1 - je peux répéter la mesure sur la même molécule, possibilité qui revient à "re-prouver" son existence à chaque pas de temps (y compris si, dans les faits, je décide de ne rien mesurer du tout, cf. proposition I !)
2 - Si la perte d'informations représentait une condition destructive de la cognoscibilité (donc de l'existence), alors un système chaotique (comme les mouvements des fluides de l'atmosphère de Vénus, i.e. sa météo) devrait lui aussi être considéré "non existant" autrement que par ses propriétés globales (à l'échelle de la planète entière), en dépit du caractère localement macroscopique de ces mouvements (étant donné que la connaissance même parfaite de l’état macro à un instant T ne garantit absolument pas sa connaissance à un quelconque instant du futur) !

(Là, tu pourrais opposer qu'ils sont bien existants parce que macroscopiques/enregistrant de façon irréversible les informations ; mais il s'agirait amha d'un contresens, étant donné que (je te cite) « Selon ce point de vue [positiviste], seul présente une pertinence la notion de propriétés et lois de l'univers tirées d'observations reproductibles et l'obtention de propriétés et lois de l'univers validées par leur capacité à prédire ce que nous sommes (et éventuellement serons) en mesure d'observer. ». C’est donc l’observabilité (la cognoscibilité) des évolutions irréversibles des objets macroscopiques qui représente la condition nécessaire pour en accepter l’existence, et non pas pas le caractère irréversible/macroscopique de l’évolution en lui-même ! Autrement dit, si la dissipation de la cognoscibilité (par effet papillon) entraînait la disparition de l’existence, alors la météo de Vénus n'existerait pas... Ce qui entre en contradiction avec mes points 1 b et c que tu as acceptés.)



Par conséquent, si tu souhaites définir l'existence à partir de la notion d'observation, nous avons plusieurs possibilités :

- Soit on admet que la distinction macro/micro n'est pas toujours pertinente, et qu'un micro-état peut tout à fait "exister", dans une certaine mesure et sous certaines conditions à préciser ;
- Soit que c'est l'observation (et non plus l'observabilité) qui détermine l'existence, et que, par conséquent, l'existence de tout ce que je n'observe pas à un instant T (y compris objets macroscopiques) relève d'une "hypothèse métaphysique" ;
- Soit que (vu que mon exemple ne fonctionne plus avec des objets quantiques) c'est la mécanique quantique qui impose (eu égard à ses propriétés fondamentales) l'impératif de distinction effective entre les statuts des échelles macro et micro (et donc qu'un univers alternatif en mode "sphères dures" comme celui que l'on imaginait au début du XXe siècle aurait une existence objective microscopique y compris pour des observateurs macroscopiques).


… soit tu as une autre explication/une correction à proposer à ce message qui se fait déjà très long et que je vais donc achever ici, même si j’aurais pu entrer encore plus dans le détail des implications, corrélats et mécanismes que m’inspirent ton point de vue.

mathias
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Re: Réalisme/objectivité versus positivisme/intersubjectivité

#219

Message par mathias » 02 mars 2026, 22:03

….. Propos sur la nature des choses (métaphysique):
Celles-ci grandes ou petites existent , sans notre regard sur elles ….

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