La marche

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LoutredeMer
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Re: La marche

#51

Message par LoutredeMer » 22 avr. 2026, 23:57

Dominique18 a écrit : 19 avr. 2026, 22:39 @ Intergalactique

Je viens de voir "Compostelle".
Encore un bon film, avec des acteurs convaincants, sur un scénario qui est une interprétation libre du livre de Bernard Ollivier, au sujet de l'association qu'il a fondée, pour proposer une réponse possible à des jeunes en pertes de repères, via... une longue marche.
Un contenu positif, à contre-courant de l'air du temps.

Image
Tu pourrais en dire plus sur le film? parc que c'est vraiment succinct et superficiel comme commentaire. Entre un peu dans le vif du sujet stp. Ca peut êttre intéressant pour ceux qui ne l'ont pas vu. La thématique, le rapport à la religion, la démarche du jeune et de la "coach", d'où ils viennent, ou ils arrivent (émotionnelement, intellectuellement etc). Et comment un voyage de la sorte peut changer (ou pas) la mentalité, les objectifs, la profondeur d'un être.. et finalement sa vie. OU pas. Etc
Les entreprises de presse constituent une marchandise de luxe très prisée des grandes fortunes. Qui possède dirige.

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Dominique18
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Re: La marche

#52

Message par Dominique18 » 24 avr. 2026, 19:43

Suite à la demande de Loutre
La thématique du film "Compostelle", en essayant de ne pas trop dévoiler ce qui constitue, plus que l'ossature, l'alchimie du film: c'est la rencontre improbable de deux personnes, que tout sépare à priori (âge, passé, rapports à leur environnement, centres d'intérêt, catégories socio-professionnelles,...).

L'une, Fred (Alexandra Lamy) est missionnée , dans le cadre d'un contrat entre une association de réinsertion de jeunes mineurs en perdition et la justice, pour accompagner Adam (Julien Le Berre).

Adam, en raison de son comportement ultra-violent, et de ses multiples démêlés avec la justice, n'a plus le choix : c'est un séjour en prison, ou une marche de rupture de 2000 km, soit environ 3 mois à raison de 25 km par jour en moyenne, avec un objectif: atteindre Saint-Jacques de Compostelle.

Plus que la symbolique du lieu à rallier, et du trajet plutôt considéré comme un pèlerinage pour les adeptes de cette longue randonnée, c'est l'acceptation pour Adam de règles strictes à observer tout au long du trajet, avec l'accent mis sur l'autonomie et les difficultés qui ne manqueront pas (l'organisation et la gestion des tâches quotidiennes élémentaires, le budget limité, la fatigue, les blessures éventuelles,...).

Cette marche est une épreuve, un face à face avec soi-même, en détournant, dans le cas d'Adam son énergie bouillonnante mais stérile et source continuelle d'ennuis.
Fred affronte la même épreuve, plus qu'elle ne le pensait au départ, avec un registre situé sur d'autres plans.

Le profil de Fred, l’accompagnatrice, est éloigné de celui d'Adam. Fred a perdu son emploi, est en opposition avec sa fille qui va quitter le nid familial, et va se séparer de son conjoint.
C'est une femme blessée, en perte de repères, qui cherche à se reconstruire en essayant d'aider les autres et aussi à racheter ses fautes.

Au cours de ce cheminement, les échanges entre Fred et Adam sont vifs, voire intenses. Adam est constamment dans l'opposition, dans le débordement permanent, en cherchant à user la bonne volonté de Fred qui ne doit pas perdre son calme et son sang-froid, règles du jeu obligent, les tentatives de déstabilisation ne manquent pas, Adam se montrant très inventif et infatigable.

Plusieurs rencontres, aussi étonnantes soit-elles, sur le parcours, vont contribuer à faire évoluer la dynamique relationnelle de ce couple particulier.

Fred et Adam vont découvrir ou re-découvrir la notion de foi, pas dans le sens uniquement religieux du terme, mais dans celui d'un espoir, aussi mince et inaccessible soit-il.

Il y a également une notion d'émerveillement qui intervient, au gré des rencontres, paysages, humains,...

C'est progressivement le chemin d'une rédemption, pour l'un comme pour l'autre.
Accepter aussi de ne plus se dissimuler et de ne plus continuer à se raconter des histoires et à se bercer d'illusions.

Au-delà des différences, un lien fragile commence à se dessiner. Adam maîtrise davantage ses explosions de colère, et fait davantage confiance à l'autre, ce qui n'est pas rien. Faire confiance, c'est entrouvrir son armure, voire la quitter et c'est très déstabilisant. C'est laisser entrer l’inconnu et oser prendre des risques
.
Fred apprend à digérer son passé et à tendre vers autre chose de plus positif et de plus constructif.

Au cours de ce périple, les moments de doute ne manquent pas ainsi que les incompréhensions, tensions et conflits.
Fred et Adam vont se découvrir, s'accepter, accepter l'autre dans sa différence, en s'écoutant.
Les épreuves physiques (les aléas de la marche) et psychologiques conduisent vers un processus de réparation de leurs existences cabossées.

Ils y prennent goût, à ce périple tumultueux, et plus ils se rapprochent du terminus, plus l'angoisse, de la fin, de la séparation, du vide, surgit : et après, quand nous aurons fini, que va t-il se passer? Qu'allons-nous faire ? Qu’allons-nous devenir?

"Compostelle" est un film d'immersion, dans une salle de cinéma. La saveur ne saurait être la même avec une diffusion à la télévision. Le spectateur participe à ce road-movie, en fonction de sa personnalité. Le spectateur peut cheminer, lui-aussi, sur le camino.

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LoutredeMer
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Re: La marche

#53

Message par LoutredeMer » 24 avr. 2026, 21:51

Dominique18 a écrit : 24 avr. 2026, 19:43 Suite à la demande de Loutre
...
Merci!
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Re: La marche

#54

Message par Intergalactique » 27 juin 2026, 19:08

Merci beaucoup !


Je passe ici en coup de vent, avec juste l'envie de partager quelque chose d’actualité. Il s'agit des 2 derniers poèmes qui clôturent le recueil « Mes forêts » d'Hélène Dorion. J'ai eu envie de les déposer ici pour plusieurs raisons : d'abord parce qu'Hélène Dorion est québécoise et que ce forum l'est aussi ; ensuite parce que cette année (et l’année dernière aussi), un texte de Mes forêts est passé à l’épreuve du bac de français des élèves de 1ère année en France (Hélène Dorion est la première femme vivante et première québécoise à figurer au programme du bac en France) et enfin bien entendu parce que ces poèmes me semblent entrer pleinement en résonance avec le thème de la marche. Autant par la marche physique que par la marche intérieure : un chemin vers l'intime, vers notre humanité, vers ce qui nous relie au vivant.

Avant la nuit

[ … ]

mais l’histoire a continué

et avec elle
la longue marche du savoir
de l’argile à l’or de l’âge d’airain
à l’âge de fer de la roue
jusqu’à l’ère numérique sont venus
les anges tristes et les tours blessées
la colère de lourds printemps
l’invisible bourreau
la cueillette inlassable d’informations
qui prononcent de vacillantes vérités
le sucre et l’acide
sur la langue
les mots qui tournent
comme l’histoire d’une pomme
dans les jardins de Cézanne l’orange
bleue comme la Terre
et nos vies comme des étoffes
se froissent
dans le paysage du temps

la nuit s’approfondit

et l’on se met à rêver
du haut des falaises de Rilke
dans la forêt de Dante
on voit le passé
déjà on lit le futur
on aperçoit l’aigle et la corneille
qui déchirent le rideau de l’histoire
pour rejoindre nos pas

on traverse le bois de Walden
la mémoire des saisons de Zanzotto
les paysages intérieurs
d’Hopkins les clairières de Zambrano

vers la connaissance de soi
on a marché on s’est plongé
dans le long travail de l’amour
on a trébuché
rebondi puis chuté de nouveau

le temps jamais ne s’arrête
nous dit l’arbre
nous dit la forêt

et sur la branche du présent

un poème murmure
un chemin vaste et lumineux
qui donne sens
à ce qu’on appelle humanité



********



Mes forêts sont de longues tiges d’histoire
elles sont des aiguilles qui tournent
à travers les saisons elles vont
d’est en ouest jusqu’au sud
et tout au nord
mes forêts sont des cages de solitude
des larmes de bois clairsemées
dans la nuit rare
elles sont des maisons sans famille
des corps sans amour
qui attendent qu’on les retrouve
au matin elles sont
des ratures et des repentirs

une boule dans la gorge
quand les oiseaux recommencent à voler
mes forêts sont des doigts qui pointent
des ailleurs sans retour

elles sont des épines dans tous les sens
ignorant ce que l’âge résout

elles sont des lignes au crayon
sur papier de temps
portent le poids de la mer
le silence des nuages

mes forêts sont un long passage
pour nos mots d’exil et de survie
un peu de pluie sur la blessure
un rayon qui dure
dans sa douceur

et quand je m’y promène
c’est pour prendre le large
vers moi-même

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