Suivi

Re:Re:Re:Re:Quel irrationnel ???


Re: Re:Re:Re:Quel irrationnel ??? -- Stéphane
Postée par Gaël , Apr 12,1999,07:37 Index  Forum

1—”...afin d’approcher de plus en plus la “vraie réalité”. [...] C’est une TENDANCE à l’objectivité universelle.”
Tu postules l’existence d’une “vraie réalité” dont je ne vois pas l’utilité (pas plus que d’un “monde spirituel”, cela me semble être le même problème). Attention, je ne nie pas l’existence d’un monde extérieur, matériel, indépendant de nous. Simplement tu as l’air de croire en un monde extérieur idéal, clairement défini, “objectif”, fait de “choses en soi” dont nous avons une perception biaisée. Je crois moi que nos perceptions traduisent toujours la réalité elle-même et qu’il n’y a rien derrière, rien de caché par un voile mystérieux, simplement que la réalité a plusieurs modes d’apparition, dépendant à la fois de nos perceptions et de notre vision du monde, et que nos théories scientifiques cristallisent ces différentes modalités. C’est pourquoi je considère l’objectivité comme un mythe.

2—”Personnellement, je ne vois pas pourquoi on s’obstine à postuler l’existence d’un “monde spirituel” qui serait la province des ésotériques et religieux. Mais si pour une raison ou pour une autre, on doit absolument le faire, eh bien j’aimerais qu’on reconnaisse la différence.”
Je ressens la même chose que toi sur le sujet. Mais c’est de ma part une manière de ressentir les choses, non une conviction basée sur la raison.

3—Je suis d’accord aussi sur ce que tu dis contre la méthode intuitive. Mais se fier à cette méthode ou non est un choix qui ne concerne que chacun et je ne vois aucune raison de m’opposer à ceux qui la choisissent.

4—”Les textes et connaissances ésotériques sont des polaroids culturels, qui ont une valeur anthropologique; mais ils ne valent rien au sens ontologique (ou métaphysique)”.
Je suis encore d’accord. Mais de la même manière que je ne vois pas de raison de croire à ce monde spirituel, je ne vois pas de raison de le nier ou de tenter de prouver à ceux qui y croient qu’il n’existe pas. Et je considère qu’à partir du moment ou quelqu’un y croit, ce monde existe pour lui, et si son intuition le confirme dans cette foi et que cela le rend heureux, tant mieux pour lui. Si les textes ésotériques lui permettent de progresser dans cette voie, je ne vois pas non plus de raison de m’y opposer.

5—”Finalement, tu mélanges certaines questions d’éthique (avons-nous le droit d’expliquer aux gens qu’ils sont faussement heureux) avec des questions d’ordre intellectuel.”
Il ce trouve que ce sont ces questions éthiques qui se posent dans la démarche sceptique mais que vous avez tous l’air de vouloir nier comme si cette démarche était de toute évidence saine et profitable à tous et devrait rendre tout le monde plus heureux. Ca se voit tout de suite à ta manière de transformer ma question en : “avons-nous le droit d’expliquer aux gens qu’ils sont faussement heureux”. Ca me rappelle une autre phrase, je ne sais plus de qui elle était (Gilles je crois), qui avait été donnée en réponse à l’un de mes message il y a deux semaines “Vous avez parfaitement raison, cela aide peut-être les gens à se SENTIR mieux dans leur tête... Mais, je doute que la galvanoplastie spirituelle aide les gens à ETRE mieux dans leur tête”.
C’est là qu’on voit tout l’aveuglement et l’intolérance du sceptique.
Désolé, mais quelqu’un qui se sent heureux est heureux, point. Il serait ridicule d’aller lui dire “vous vous sentez bien mais en réalité vous ne l’êtes pas”. S’il se sent bien quel importance pour lui cela peut-il bien avoir que nous, nous pensions qu’il n’est pas bien ??? Rien que de pouvoir penser cela, c’est déjà absurde.
Si nous adoptons une position rationaliste-dogmatique, nous pouvons dire”il se sent bien, mais il ne pense pas de manière exacte”, ce qui est totalement différent : penser en suivant les Saintes Lois de la Logique n’a rien à voir avec être heureux, et je ne vois aucune raison pour tenter de lui imposer la logique et la raison. Ce n’est pas pour ça qu’il ira ‘mieux”, en fait il s’en sentira probablement plus mal.
A moins que tu considères que les gens dont nous parlons, ceux qui se sentent bien en étant irrationnels, soient, d’une manière ou d’une autre, “dérangés” ? qu’il s’agisse d’une forme de folie et qu’il faut soigner ces pauvres gens ? La folie est l’argument habituels des gens qui se trouvent face à un phénomène qu’ils ne comprennent pas et face auquel leur intolérance inavouée se montre sous la forme de la pitié, ou du besoin de transformer l’autre pour qu’il correspondent mieux à nos critères de rationalité. La folie, ça n’a longtemps été que cela (et encore souvent aujourd’hui), une manière de rejeter ceux qui sont trop différents et qui nous gênent par leur différence. Il est hallucinant de constater qu’il y a à peine quelques années encore, l’homosexualité était considérée dans les nosographies officielles comme un trouble mental (et qu’il y a quelques décennies, les behavioristes américains “soignaient” l’homosexualité par des techniques de conditionnement psychologique d’un grotesque achevé)... Allons-nous, par un formidable bond en arrière, revenir à l’obsession des siècles passés qui consistait à considérer comme malades et tenter de transformer tous ceux qui avaient des idées, un mode de vie ou des croyances trop différentes de celles de l’idéologie dominante ?
Je comprend et je soutiens le scepticisme quand il est un combat défensif, de gens qui se sentent agressés par une croyance envahissante qui n’est pas la leur et qui limite leur liberté. Mais je ne peux excuser le scepticisme militant qui veut imposer sa norme à des personnes qui ne dérangent en rien les sceptiques si ce n’est par leur différence. C’est dans ce sens que je parlais d’intolérance. Et tu as beau me dire que tu n’as “pas de problème avec une culture qui n’est pas basée sur des notions scientifiques”, le contraire transparaît à chaque ligne de tes messages. La où il y a problème, c’est quand tu rajoutes “à condition de faire la différence” (entre scientifique et non scientifique). C’est totalement absdurde, car si une culture n’est pas basée sur des notions scientifiques, c’est justement parce qu’elle ne fait pas cette différence. Vouloir forcer les crédules à faire cette différence, cela revient à vouloir les forcer à accepter la vision scientifique du monde.

Reste un autre problème, que tu présentes ainsi : “Ce qu’il faut, c’est justement s’apercevoir de la différence [entre science et non-science]. Si quelqu’un te disais, “j’ai un cancer, crois-tu que les médicaments homéopatiques vont m’aider?” Je crois que ton devoir serait de lui dire que non, que ça le rende malheureux ou non.”
Il me semble au contraire que nous n’avons pas la moindre raison de lui dire cela, sauf s’il a l’intention de se soigner uniquement par l’homéopathie et de rejeter les autres méthodes (cas extrême et assez rare). Comme tous les placébos, l’homéopathie est efficace. Tu sais sans doute que le taux de réussite des placébo est, selon les pathologies, de 20 à 70 %. Et la réussite ne dépend que de la foi que le patient accorde au produit. Je ne vois aucune raison de diminuer cette foi et donc l’efficacité du produit : cela sera néfaste au patient.
Evidemment dans un cas aussi extrême que le cancer l’homéopathie n’aura pas un grand effet sur la maladie même, mais aura sans doute au moins des effets psychologiques qui pourrons réduire la souffrance, entretenir l’espoir, etc. On sait à quel point l’espoir, la foi en la guérison, et les facteurs psychologiques de cet ordre sont important dans la guérison de toute maladie. Il me paraît hautement souhaitable d’utiliser les médecines parallèles comme complément de traitement (ou traitement parallèle) dans toute pathologie, quelle qu’elle soit, et d’entretenir le malade dans l’ignorance de la “vérité”.

Gaël.


Suivi